Un patient formateur invité à la rentrée solennelle de la faculté de médecine de Nice, une première en France?

Mercredi 27 novembre 2019, le doyen de la Faculté de Médecine de Nice, Université Côte d’azur, a décidé d’inviter le 1er patient formateur recruté par l’équipe du Centre d’Innovation du Partenariat avec les Patients et le Public (CI3P) pour co-concevoir un atelier auprès des étudiants en médecine et y intervenir. C’est ce dont traite ce billet.

 

 

INTRODUCTION

 

La Faculté de Médecine de l’Université Côte d’Azur, après avoir initié, sous le leadership du doyen, l’intégration de patients au sein d’une formation ouverte, tant aux étudiants de médecine inscrits dans le cursus initial dans un cadre optionnel, qu’aux professionnels de santé en exercice, à partir de la rentrée académique 2017-2018, a permis de franchir une étape supplémentaire en 2019 en proposant d’expérimenter un dispositif pédagogique avec le patient dans le cadre d’un cours obligatoire.

LE FRUIT D’UN PROCESSUS

Les étapes successives présentées en introduction sont le fruit de la mise en place d’une collaboration devenue partenariat entre l’institution sous l’égide de son doyen, Patrick Baqué et d’une association citoyenne créée en 2014, la Maison de la Médecine et de la Culture (MMC).

Cette association est née d’une demande du doyen qui visait la mise en place d’espaces de rencontre dans lesquels les étudiants et professionnels de santé en exercice pourraient penser leur métier et leurs activités avec une dimension manquante dans leur formation, les « Humanités médicales ».

L’association a décidé d’organiser des espaces d’éducation populaire sur les enjeux de santé qui concernent l’ensemble des citoyens en utilisant l’art à travers des rencontres-ciné-débats.

Et c’est rapidement, dès 2015 que les étudiants sont venus participer à ces rencontres. Constatant l’intérêt des étudiants en médecine de ces espaces d’enrichissement et d’échanges pour ces étudiants au sein même de la population, le département de médecine générale décida de dédier une validation d’heures complémentaires à ce type d’activité, la cité entrait alors comme force de proposition pédagogique à la faculté de médecine.

Par la suite, dans le prolongement d’échanges avec les membres de l’association,
le doyen et des patients socialisant leurs savoirs, sinon, leur expertise, le doyen propose de concevoir un diplôme universitaire sous l’égide du directeur du Département d’Enseignement et de Recherche en Médecine Générale (DERMG) dont l’équipe avait déjà intégré l’action de l’association. Dès lors, une formation a rapidement été conçue avec, au sein de l’équipe pédagogique, des médecins, des personnalités représentant les sciences humaines et sociales, de façon fidèle à l’idée de départ du doyen , des membres de l‘association citoyenne et un patient . Ainsi naquit le DU Art du Soin lors de l’exercice 2017-2018. Une formation qui dès sa première année d’exercice fut primée par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche[1]. C’est le lancement de ce DU qui la même année a vu le lancement de séminaires internationaux, puis également interuniversitaires français inspiré de la médecine narrative ont rendu effectif le concept d’UniverCité du Soin.

C’est ce processus, qui permit l’ouverture d’un atelier mobilisant à l’origine des acteurs afin de l’organiser avec des patients, que nous décrivons ci-après.

 

LE DÉBUT DE COURS CONSACRE UNIQUEMENT AUX ETUDIANTS EN FORMATION INITIALE

 

Ce dispositif se nomme la Clinique du Galet et est organisé dans l’amphithéâtre du Centre Hospitalo-Universitaire (CHU), adossé à la faculté de médecine, à destination des étudiants de 4ème, 5ème et 6ème année, des étudiants en médecine en stage clinique. C’est dans ce cadre que le Centre d’Innovation du Partenariat avec les Patients et le Public (CI3P) en cours de création fut amené à recruter des patients (Flora, 2015[2], 2016[3]) et à co-concevoir avec eux les séquences pédagogiques proposées au printemps 2019 aux étudiants en médecine et aux médecins enseignants. Un coup d’essai qui a suffisamment intéressé toutes les parties pour aller de l’avant dans l’intégration de patients.

 

UN PATIENT FORMATEUR INVITE COMME PARRAIN DES ENTRANTS À LA FACULTÉ DE MÉDECINE

 

C’est donc au 1er patient formateur étant intervenu à la Clinique du Galet qu’il a été proposé d’intervenir cette année devant le parterre de médecins et d’étudiants en médecine. La rentrée solennelle invite un patient pour la seconde fois. En effet, lors de la précédente rentrée solennelle en 2018, un autre patient avait été invité à prendre la parole, en la personne de Bernard Tapie, une sommité.

Le pas de plus franchi cette année réside dans le fait que le patient choisi, Thomas Chansou[4] est un patient inscrit dans un parcours de soin au CHU et qu’il est investi dans la transmission d’expérience auprès des étudiants en médecine à la faculté de médecine depuis cette année.

 

CONCLUSION

 

Cette invitation est un geste fort de l’institution qui s’ajoute à celui de la présentation du CI3P par la décision, qui associé au lancement du CI3P, présenté, à l’invitation encore du doyen, par le tandem de direction médecin-patient à présenté son action au lors du séminaire annuel de l’ensemble des professeurs enseignants en la présence de la direction de l’université en juin dernier. Ceci éclaire et accompagne la montée en puissance et l’importance accordée à l’intégration du partenariat de soin avec le patient (Karazivan et al, 2015[5] ; Pomey et al, 2015[6] ; Boivin et al, 2017[7]), et pour se faire, l’intégration des patients tout au long du cursus de médecine lors des sessions de cours, d’ateliers et de stations d’évaluation des étudiants à travers l’élaboration et la mise en place des stations ECOS[8], et lors de la co-conception des séquences pédagogiques et continuum dans lesquels ils s’inscrivent.

 

 

NOTES ET RÉFÉRENCES

 

[1] Prix PEPS 2018 Passion Pédagogie dans l’Enseignement Supérieur catégorie formation tout au long de la vie du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche : https://www.youtube.com/watch?v=WK5cncBW1Ao

[2] Flora L. (2015), Un référentiel de compétences de patient : pour quoi faire ? Du savoir expérientiel des malades à un référentiel de compétences intégré : l’exemple du modèle de Montréal, Presses Académiques Francophones, Sarrebruck, Allemagne.

[3] Flora L. (2016). « Le savoir des malades à travers un référentiel de compétences « patient » utilisé en éducation médicale », La recherche en éducation, N°15, pp. 59-75

[4] Thomas Chansou est également réalisateur du film Charly est vivant, qui sert de support à la séquence pédagogique coconcçue à la clinique du galet, dans le prolongement de la philosophie appliquée lors des sessions MMC et de la formation à l’art du soin en partenariat avec le patient. Ce court métrage a introduit le discours de la leçon inaugurale de la rentrée solenellle 2019 de la faculté de médecine de Nice, Univerité Côte d’Azur.

[5] Karazivan P., Dumez V., Flora L., Pomey M.-P., Del Grande C., Guadiri S., Fernandez N., Jouet E., Las Vergnas O., Lebel P. (2015), « The Patient as Partner in Care : Conceptual Grounds for a Necessary Transition », Academic Medicine, April 2015 – Volume 90 – N° 4 – pp.437–441.

[6] Pomey M.-P., Flora L., Karazivan P., Dumez V., Lebel P., Vanier M.-C., Débarge B., Clavel N., Jouet E. (2015), « Le « Montreal model » : enjeux du partenariat relationnel entre patient,et professionnels de santé », Santé publique, HS, 2015/S1, pp.41-50.

[7] Boivin A., Flora L., Dumez V., L’Espérance A., Berkesse A., Gauvin F.-P. (2017). « Transformer la santé en partenariat avec les patients et le public : historique, approche et impacts du “modèle de Montréal ». In « La participation des patients » « vol. 2017, Paris : Editions Dalloz, pp. 11-24

[8] ECOS : Examen Cliniques par Objectifs Structurés, cet examen permet d’évaluer la compétence d’un étudiant en action, devant un patient simulé

Arrêt sur images sur la formation à l’Art du soin en partenariat avec le patient 2018-2019

Alors que l’été est maintenant bien avancé et qu’une nouvelle période de canicule imprègne la France, un bref retour sur le temps passé au moment où se prépare la 3ème édition de la formation à l’Art du soin en partenariat avec le patient donnant lieu au Diplôme Universitaire (DU) de la Faculté de médecine de l’Université Côte d’Azur, un espace d’apprentissage issu de l’UniverCité du Soin tout en étant le fer de lance du tout nouveau centre d’innovation du partenariat de soin avec les patients et le public (CI3P), propose de présenter les innovations apparues dans ce cursus primé en 2018 par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche comme innovation pédagogique en formation tout au long de la vie.

 

GENÈSE

 

Alors qu’en 2016, des échanges se sont intensifiés entre le doyen de la Faculté de médecine de Nice, les membres de la Maison de la Médecine et de la culture (MMC), association citoyenne impliquée dans le domaine de la santé et quelques patients socialisant leurs savoirs et participant ainsi au système de santé et après plusieurs demandes infructueuses d’ouverture de poste académique de l’Université, Patrick Baqué, doyen de la faculté de médecine propose d’initier le mouvement avec les patients dans son institution par un Diplôme Universitaire. Entre-temps, la MMC qui propose des rencontres ouvertes à tout public tous les trois mois, à partir d’œuvres d’art, le plus souvent cinématographiques mais pas uniquement, qui précèdent l’organisation de temps d’échange sur les grands enjeux de santé qui nous concernent tous, a décidé d’impliquer la voix et l’expérience des patients dans l’animation de chacun des évènements. C’est cette proposition qui décide en partie des contours du DU et laisse émerger le concept d’UniverCité du Soin (Flora et al, 2019) [1].

 

L’IDEE DIRECTRICE DE LA FORMATION À L’ART DU SOIN

 

Jean-Michel Benattar, médecin fondateur de la MMC, et Luigi Flora, auteur de ce billet, co-concepteur du Modèle de Montréal (Flora, 2012 [2] ; Flora, 2015 [3] ; Karazivan et al, 2015 [4]; Pomey et al 2015 [5]) et d’une forme de partenariat de soin avec le patient en tant que patient chercheur, tout en conceptualisant l’UniverCité du Soin, s’entendent alors pour proposer un espace de questionnement et de transformation des comportements dans le soin, une démarche allant au-delà des questionnements des représentations que proposent les ciné-rencontres-débats organisés par la MMC. Il a également été décidé que ces deux espaces seront complémentaires et en cohérence, le passage par l’Art sera préservé et donnera lieu à d’autres développements pédagogiques que ceux déjà proposés. Une des originalités de ce qui s’organise tient dans le fait que le cursus est co-construit entre la faculté de médecine et une association citoyenne, avec un médecin, directeur de département dans l’institution, un patient, un médecin libéral président de l’association, un citoyen engagé dans l’association et des enseignants de sciences humaines et sociales. Les principales techniques mobilisées seront celles de la médecine narrative adaptée aux étudiants composés d’étudiants en médecine, de médecins hospitalier et de ville, de paramédicaux de patient.e.s et de proches, à partir desquelles sont construites des situations cliniques donnant lieu à mise(s) en situation. Et c’est là que sont questionnés les comportements « de » et « dans » le soin, c’est un des vecteurs qui ouvre à de possibles de changements, valorisations ou ajustements de comportements dans le soin pour tout acteur du partenariat (Flora, 2018) [6].

 

LES ÉVOLUTIONS

 

Le premier changement majeur a été le changement de titre de cette formation, devenue dès lors, forte du prix acquis, une formation à l’Art du Soin en partenariat avec le patient. Alors que la première année était totalement organisée comme une classe inversée à partir de laquelle les participants à la formation recherchaient à travers un Metaplan® à définir quels étaient les compétences nécessaires au partenariat. Cette activité proposée en fil rouge était complétée des modalités d’apprentissages déjà présentées. Les compétences identifiées devaient, comme la transformation générale que produisait les rencontres régulières au fil des séminaires d’une journée, tout comme les changements de représentations, donner lieux à l’illustration de leur mobilisation dans le cadre d’un portfolio, support central de la soutenance ouvrant droit au diplôme. La seconde année a vu l’équipe pédagogique s’enrichir d’une patiente issue de la formation et d’un étudiant en médecine, associés à une médecin, spécialiste d’éducation thérapeutique du patient. L’autre apport et modification fut de remplacer le fil rouge qu’était la co-conception d’un ensemble de compétences à travers le Metaplan®, par celle de la constitution de projets personnels ou en partenariat, véhicule de la responsabilité sociale dont les facultés de médecine doivent maintenant faire preuve. En d’autres termes en quoi les apprentissages acquis au cours de la formation participe à transformer l’approche du soin et la société ?

 

QUELQUES RÉSULTATS

 

  • Deux étudiantes patientes, dont une professionnelle de santé ayant vécu l’épreuve de la maladie, ont initié un travail biographique. Elles ont soumis chacune une communication au colloque sur la recherche biographique en situation de dialogue: enjeux et perspectives, qui se tiendra les 16-17-18 octobre de cette année à la Maison des Sciences de l’Homme de Paris Nord.
  • L’une d’entre elle a pour objectif à terme de produire un livre pour transmettre son expérience acquise et en gestation.
  • Une étudiante proche, socio-professionnellement professeure émérite de littérature a proposé une contribution (Sagaert, 2019) [7] acceptée dans l’anthologie littéraire (Cabral, Mamzer, 2019) [8] mettant à disposition des extraits de littérature questionnant la santé qu’il est possible de mobiliser dans des séquences pédagogique en éducation médicale. Ce que nous avons d’ailleurs introduit cette année dans un autre module de L’UniverCité du Soin, le 2ème séminaire de médecine narrative organisé en juin 2019 autour de la situation de Handicap, au cours duquel nous avons lu et écrit à partir de textes sur les aveugles (Maeterlinck par Mamzer, 2019 [9]; Tournier par Bouloumié, 2019 [10]; Diderot par Malato, 2019 [11]).
  • Une étudiante en médecine a dégagé une charte du partenariat de soin avec le patient, une autre a réalisé une plaquette d’information en format A5 reprenant les notions essentielles de ce qu’est le partenariat.
  • Un étudiant en médecine a réalisé un reportage photographique, commenté de notions essentielles du partenariat avec le patient sur le soin que nous allons proposer en e-book à la bibliothèque de la faculté de médecine et selon nos échanges avec la municipalité avec qui nous sommes en relation, proposer la tenue d’une exposition sur le soin.
  • Une enseignante en institut de formation de sages-femmes à elle écrit une chanson reprenant à chaque couplet l’idée centrale de chacun des douze séminaires, participant ainsi à une magnifique cohésion du groupe.
  • Une infirmière libérale a, elle, décidé de réaliser une étude de cas, à travers un retour réflexif, et de rechercher qu’elles ont été ses modifications et ajustements, de postures, d’actes et d’approche relationnelle. Elle a ensuite identifié l’impact que cela avait généré tant sur la patiente, une personne âgée, qu’auprès sur les autres professionnels médicosociaux qui l’entourait et plus globalement sur la situation. Une étude clinique, pour ne pas l’appeler vignette clinique (parce qu’elle reprend une offre de soins sur plusieurs mois), qu’il serait possible de réintroduire au cours de séquences pédagogiques dans la formation infirmière mais également lors de cours interprofessionnels, tels que ceux qui sont données aujourd’hui dans le centre de simulation dans lequel sont aménagés des appartements en ville ? Un espace codirigé par la mairie de Nice et la Faculté de médecine.
  • Une étudiante en médecine va intégrer le comité de pilotage du CI3P
  • et trois patientes seront intégrées à notre équipe de patient.e.s formateur.e.s pour participer, dès la rentrée prochaine, aux nombreuses plage d’enseignement en partenariat avec le patient que nous sommes en train de co-concevoir, en prolongement des cours déjà investis en formation initiale auprès des étudiants de 4ème année lors du dernier exercice académique (Flora et al, 2019) [12].

Si ce ne sont que des exemples, je ne résiste pas en conclusion de ses actions de responsabilité sociale à l’envie de citer un extrait de texte issu d’un des portfolios publié dans ce blog avec le consentement de l’étudiante Eliza Perrain, proche-aidante qui a proposé une autre voix que celle exposée:

« S’il est vrai que l’on apprend beaucoup par les Autres, et pas seulement par les livres, alors je peux dire qu’au cours du DU Art du Soin en partenariat avec le patient, nos rencontres ont été fructueuses pour moi. On y écoute, analyse, pose des questions, offre une réaction, et ainsi fait avancer le dialogue, développe le sujet et l’approfondit. … Nous avons appris, été émus, réagi plus ou moins fortement à tel ou tel épisode avec le point de vue unique au monde que peut donner chaque participant, qu’il soit patient, accompagnant ou issu du milieu médical. En effet, ce n’est pas le seul point de vue professionnel qui s’exprime là, c’est aussi du vécu, le ressenti ponctuel face à l’épisode, ou encore l’analyse personnelle qu’en donne chacun. C’est de cette richesse-là que le DU tire sa force, sa réflexion et son ouverture. De cela, je vous remercie tous, vous les intervenants, qui avez donné individuellement de votre expérience, de votre imagination et de votre engagement »

 

Cet extrait introduit l’un des portfolios qui nous a été présenté lors de la soutenance, avant que ne soit décliné en quoi certaines représentations se sont transformées, renforcées, en quoi et comment des actes ont été valorisés ou ajustés pour agir dans l’Art du Soin en partenariat avec le patient.

 

UN CHEMIN DES POSSIBLES

 

L’exercice prochain qui débutera à la fin de l’automne, tout en préservant sa colonne vertébrale, son ossature donnera encore lieu à de nouvelles innovations issues de notre bricolage méthodologique au sens de Levi-Strauss (1962) [13] , c’est à dire qui colle au terrain. Une adaptation qui s’organise à l’image de la vie, de manière dynamique. Un sens à partir duquel peut être donner un soin, à soi, à autrui, au système de santé de quelque rôle que chacun peut y tenir enrichi de ce qui a été données par l’ensemble des participants, étudiant.e.s et encadrants. Des tenants du cadre dont il est difficile de savoir si ce n’est pas à cette place que le plus est appris ?

 

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUE ET WEBOGRAPHIQUE

 

[1] Flora L., Benattar J.-M., Desserme R., Claessens A., Darmon D. (2019).  L’UniverCité du Soin : Espace de transformation pour une transformation des espaces et des pratiques. 8ème Colloque Santé, Innovons pour innover : savoir mobiliser de nouveaux outils conceptuels et méthodologiques pour transformer durablement le champ de la santé, Kedge Business School, Marseille, 20 et 21 mai, le 20 mai 2019

[2] Flora L. (2012).  Le patient formateur : élaboration théorique et pratique d’un nouveau métier de la santé ». Thèse de doctorat de sciences sociales, spécialité « Sciences de l’éducation », Université Vincennes Saint Denis – Paris 8, campus Condorcet.

[3] Flora L. (2015), Un référentiel de compétences de patient : pour quoi faire ? Du savoir expérientiel des malades à un référentiel de compétences intégré : l’exemple du modèle de Montréal, Presses Académiques Francophones, Sarrebruck, Allemagne.

[4] Karazivan P., Dumez V., Flora L., Pomey M.-P., Del Grande C., Guadiri S., Fernandez N., Jouet E., Las Vergnas O., Lebel P. (2015), « The Patient as Partner in Care : Conceptual Grounds for a Necessary Transition », Academic Medicine, April 2015 – Volume 90 – N° 4 – pp.437–441.

[5] Pomey M.-P., Flora L., Karazivan P., Dumez V., Lebel P., Vanier M.-C., Débarge B., Clavel N., Jouet E. (2015), « Le « Montreal model » : enjeux du partenariat relationnel entre patients et professionnels de santé », Santé publique, HS, 2015/S1, pp.41-50.

[6] Flora L. (2018). La formation à L’Art du Soin en partenariat avec le patient. Journée d’Assemblée Générale du Collège des Humanités Médicales – Forum d’échanges de pratiques et d’innovations pédagogiques, Faculté de médecine Claude Bernard de Lyon Est, 8 avenue Rockefeller, Lyon 69008, le 26 juin 2019.

[7] Sagaert M. (2019). « Vivre, partager, faire l’expérience de la perte de l’être cher avec Daniel Pennac, mon frère ». in (Dir. Cabral M., Mamzer M.-F.). Médecins, soignants osons la littérature : un laboratoire virtuel pour la réflexion éthique. éditions Sipayat, pp 140-142.

[8] Cabral M., Mamzer M.-F. (Dir.)(2019). Médecins, soignants osons la littérature : un laboratoire virtuel pour la réflexion éthique. éditions Sipayat

[9] Cabral M. (2019). « les aveugles de Maeterlinck». in (Dir. Cabral M., Mamzer M.-F.). Médecins, soignants osons la littérature : un laboratoire virtuel pour la réflexion éthique. éditions Sipayat, pp 131-135.

[10] Bouloumié A. (2019). « Les mains savent lire de Michel Tournier ». in (Dir. Cabral M., Mamzer M.-F.). Médecins, soignants osons la littérature : un laboratoire virtuel pour la réflexion éthique. éditions Sipayat, pp 227-229.

[11] Malato M.-L.(2019). « Lettre sur les aveugles à ceux qui voient de Diderot ». in (Dir. Cabral M., Mamzer M.-F.). Médecins, soignants osons la littérature : un laboratoire virtuel pour la réflexion éthique. éditions Sipayat, pp 234-236.

[12] Flora L., Benattar J.-M., Chansou T., Darmon D., Desserme R. (2019). « Art et soin dans le cadre d’apprentissage associant des patients, des citoyens et des enseignants SHS », colhum2019 : 8eme Congrès du COLHUM (COLlège des HUmanités Médicales) : « Recherche en santé, formation des soignants : agir dans les révolutions en cours », Faculté de médecine Université Diderot-Paris Cité, les 27 & 28 juin 2019. Le 28 juin 2019.

[13] Lévi-Strauss C. (1962), La pensée sauvage, Paris, Plon.

Prix PEPS ( Passion Enseignement et Pédagogie dans le Supérieur) en formation tout au long de la vie : https://www.youtube.com/watch?v=WK5cncBW1Ao

 

Une anthologie littéraire à mobiliser au sein de l’UniverCité du Soin

Vendredi 23 mars 2019, à la faculté de médecine de l’Université Paris Descartes, rue de l’école de médecine, a été organisée une  présentation, une semaine après celle qui s’est tenue au salon du livre, de l’ouvrage Médecins, soignants osons la littérature : un observatoire virtuel pour la réflexion éthique. Cette présentation a donné lieu à deux tables rondes auxquelles ont participé deux membres, à différents registres de l’UniverCité du Soin.

Ce billet traite de cet ouvrage, et principalement d’une des manières de l’utiliser.

CONTEXTUALISATION

La/les rencontre.s : C’est en juin 2017, au cours d’une rencontre des enseignants de sciences humaines et sociales en faculté de médecine francophone que Jean-Michel Benattar et moi-même avons rencontré Maria Jesus Cabral, une professeure de littérature de l’Université de Lisbonne au Portugal investie dans la recherche à partir de la médecine narrative (Charon, 2006) [1]. Et c’est dans le prolongement d’un échange court et intense comme il est de coutume entre deux sessions de travail que s’est initiée la possibilité d’organiser un faire ensemble. C’est au cours de la même année que j’ai moi-même participé un autre colloque fin mars sur la participation des patients (Hervé, Stanton jean, Mamzer, Dir., 2017) [2] organisé par la chaire d’éthique de l’Université Paris Descartes de l’Université Sorbonne Paris Cité, en présence de Marie-France Mamzer, l’occasion de faire sa connaissance (Boivin et al, 2017 [3] ; Ghadiri et al, 2017 [4]).

Un faire ensemble : Une collaboration naissante entre Maria Jesus Cabral et l’équipe de la Maison de la Médecine et de la Culture (MMC), aujourd’hui un des espaces de rencontre de l’UniverCité du Soin, à travers un séminaire de médecine narrative, adaptée aux pratiques niçoises initiée par la MMC, selon une approche interdisciplinaire, ouverte aux citoyens, proches, patients étudiants en sciences de la santé et professionnels en exercice est organisé en mars 2018. Les invités Portugais, venus de l’université de Lisbonne Maria de Jesus Cabral (CEAUL), professeure de littérature, accompagnée d’António Barbosa (Centre de Bioéthique de la Faculté de Médecine), psychiatre et psychanalyste associés au philosophe Nuño Proença (Centre de Philosophie de la Faculté de Médecine) sont ainsi venus nous proposer un processus pédagogique de grande qualité. Ils ont ainsi participé au séminaire de 3 jours, qui s’est conclu par le dispositif initial d’éducation citoyenne dans le cadre d’un après-midi de ciné-rencontre-débat, à partir du film Wit, et en présence du doyen de la faculté de médecine, Patrick Baqué.

C’est ainsi que les différentes actions menées (séminaire de médecine narrative adaptée au modèle Niçois façon MMC et ciné-rencontre débat ont permis aux citoyens, dont certains professionnels de santé et étudiants en sciences de la santé, d’investir la faculté de médecine et le galet, l’amphithéâtre du CHU dans le cadre de deux types d’actions différentes de l’UniverCité du Soin. Une action ayant tellement satisfait toutes les parties qu’un accord a vite été trouvé pour renouveler l’expérience dans le temps.

C’est ce qui, d’une part, donne lieu, en juin 2019, à une prochaine session inspirée de la médecine narrative avec Maria Jesus Cabral et d’autre(s) membre(s) de l’Université de Lisbonne aura lieu autour de la thématique, cette fois du handicap, associée à une journée d’éducation citoyenne ponctuée d’une pièce de théâtre cette fois, Elephant man.

C’est également, d’autre part, dans ce prolongement que nous avons été associés au projet de recherche de Maria Cabral dont le livre présenté en mars en France Médecins, soignants osons la littérature : un observatoire virtuel pour la réflexion éthique est une des expressions.

 

C’est donc une collaboration sur le long terme qui s’organise, une forme de partenariat international dans laquelle s’inscrit l’UniverCité du Soin après avoir reçu des invités de Belgique, Suisse, du Québec, et du Portugal.

La soirée de présentation à la faculté de médecine a donc vu, tel qu’annoncé en introduction, donner la parole à deux membres de l’UniverCité du Soin. La première à intervenir était Martine Sagaert, étudiante dans le cadre du DU Art du Soin en partenariat avec le patient, et par ailleurs professeure émérite de littérature de l’Université de Toulon. Elle est intervenue pour sa participation à la fiche Daniel Pennac, mon frère (2019) [5]. Elle a fait part de sa perception de l’ouvrage et du programme de recherche auquel il participe tout en évoquant sa relation avec Maria Cabral lors de la première table ronde. La seconde intervention était celle de l’auteur de ce billet, membre de la MMC, coconcepteur de l’UniverCité du Soin et du DU Art du Soin en partenariat avec le patient et de ce qui se conçoit autour. Mon intervention a été d’expliquer en quoi ce livre était déjà à travers notre collaboration d’auteurs (Benattar, Flora, 2019 [6]; Benattar, Desserme, 2019 [7]), de participer à enrichir un laboratoire réel car nous mobilisons des textes.

UNE MANIÈRE DE MOBILISER CET OUVRAGE

Des extraits d’ouvrage tant dans les rencontres de la MMC qu’au sein du DU Art du Soin en partenariat avec le patient, dans le cadre de travaux interséances à partir desquels nous animons une séquence pédagogique et c’est ce qui a été évoqué. Aussi bien le faire ensemble dans le cadre du Diplôme Universaire Art du Soin en partenariat avec le patient, que dans le cadre des séminaires co-animés avec Maria Jesus Cabral que dans les rencontres ciné-débats qui permettent une sensibilisation, un espace d’échange des idées (Flora, Benattar, 2016/2018) [8].

(Flora, Benattar, Darmon, 2019) [9]

Ces écrits nous permettent donc, aux côté d’autres œuvres artistiques, de passer de l’émotion, de ce qui raisonne en chacun, de se laisser toucher et de laisser remonter ce qui doit l’être pour ensuite, à l’écoute de soi, être à l’écoute de l’autre, pour permettre l’expérience de ce qu’écrivait Romain Rolland dans l’éclair de Spinoza « On ne lit jamais un livre. On se lit à travers les livres, soit pour se découvrir, soit pour se contrôler » (Médecins soignants : Osons la littérature… p. 93, 2019).

Ils permettent également dans nos séquences pédagogique après la lecture, du livre, de l’extrait, de l’article, de se lire donc, puis d’écrire, que ce soit de s‘écrire ou de laisser l’écriture narrative subvenir autour et à partir de tout autre imaginaire, réalité. Ils permettent encore et régulièrement d’en extraire un scénario qui donne lieu à une mise en situation, ce que nos institutions pédagogiques nomment actuellement, à mon sens malencontreusement, « simulation ». Ce que l’un des membres de l’équipe pédagogique du Diplôme Universitaire a appelé un peu rapidement à mon goût, « narration simulée » [10].

Une manière d’utiliser les textes compilés dans cet ouvrage pour la réflexion éthique mais également pour mobiliser des anecdotes issues du réel pour apprendre la réflexivité, mais surtout l’Art du Soin quelque soit la place de chacun ( professionnel de santé en exercice, étudiant en science de la santé, patient, proche). Elle enrichit une palette que nous mobilisons également en éducation populaire, citoyenne, comme nous le fîmes l’an dernier avec Martin Winckler autour de son livre le chœur des femmes (2009) [11] dans le cadre de nos rencontres –ciné- débats alors réorganisés en rencontre, lecture d’extraits d’ouvrages-débat sur le thème « Comment les femmes se soignent ?», et dont le dernier samedi de mars 2019 « Nous sommes tou.t.e.s. des soignant.e.s.!» reverra le même auteur intervenir accompagné d’un nouvel ouvrage l’école des soignantes (2019) [12].

 

CONCLUSION

Cet ouvrage est sans nul doute une merveille de recueil à lire, à compulser, mais c’est également un réel outil pédagogique. Il invite à la création de multiples modalités d’expression. Il nous invite à concevoir des séquences, ou autres ingénieries pédagogiques. Que celles-ci prennent forme dans le cadre de formations initiales, de formation tout au long de la vie, en sciences de la santé ou d’autres types de rencontre de soi et d’autrui, comme par exemple lors d’ateliers d’écritures biographiques, il est susceptible d’accompagner grâce à sa richesse toute une palette de monde à créer, à recréer. La narration nous inspire au quotidien, comme par exemple au sein du DU Art du Soin en partenariat avec le patient duquel des étudiants sont en cours de rédaction pour oser soumettre des propositions de communications pour le congrès de recherche biographique qui se tiendra en octobre prochain à la maison des Sciences de l’Homme de Paris nord (MSH) qui reprendront quelques bribes des travaux réalisés au sein de l’UniverCité du Soin.

Comme il est écrit en page 277 de ce livre «  Mais dit Alice, si le monde n’a absolument aucun sens, qui nous empêche d’en inventer un ?» (Lewis Caroll, Alice au pays des merveilles), alors osons la littérature !

 

NOTES ET RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

 

[1] Charon R. (2015), Médecine narrative : Rendre hommage aux histoires de maladies, (Traduit de l’ouvrage anglais publié à Oxford University press en 2006), Paris : Sipayat.

[2] Hervé C., Jean Stanton M., Mamzer M.F. (Dir.) (2017). La participation des patients,  vol. 2017, Collection Ethique bioéthique et normes juridiques, Paris : Editions Dalloz

[3]  Boivin A., Flora L., Dumez V., L’Espérance A., Berkesse A., Gauvin F.-P. (2017). « Transformer la santé en partenariat avec les patients et le public : historique, approche et impacts du “modèle de Montréal”. In « La participation des patients », « vol. 2017, Paris : Editions Dalloz, pp. 11-24.

[4] Ghadiri D. P. S., Flora L., Pomey M.-P. (2017). « Le virage patient partenaire de soins au Québec. Reconfiguration de l’exercice du pouvoir médical et lutte pour de nouvelles subjectivités. In La participation des patients, Paris : Editions Dalloz, pp. 25-36.

[5] Sagaert M. (2019). « Vivre, partager, faire l’expérience de la perte de l’être cher avec Daniel Pennac, mon frère ». in (Dir. Cabral M., Mamzer M.-F.). Médecins, soignants osons la littérature : un laboratoire virtuel pour la réflexion éthique. éditions Sipayat, pp 140-142.

[6] Benattar J.-M., Flora L. (2019). « Philippe Barrier, autonormativité et créativité : la leçon du handicap », in (Dir. Cabral M., Mamzer M.-F.). Médecins, soignants osons la littérature : un laboratoire virtuel pour la réflexion éthique. éditions Sipayat, pp. 30-32.

[7] Benattar J.-M., Desserme R., (2019). « Vivre, partager, faire l’expérience de l’hôpital avec Martin Winckler : le cœur des femmes ». in (Dir. Cabral M., Mamzer M.-F.). Médecins, soignants osons la littérature : un laboratoire virtuel pour la réflexion éthique. éditions Sipayat, pp. 179-181.

[8] Benattar J.-M., Flora L. (2016). « En quoi un espace d’apprentissage citoyen autour de la médecine et de la culture peut-il transformer les usages et les représentations des professionnels de la santé ? ». Colloque « Les savoirs d’expérience en santé : Fondements épistémologique et enjeux identitaires », Université de Lorraine, Metz, le 24 octobre 2016.

[9] Note concernant l’illustration sur les différents modules de l’UniverCité du Soin : Une première forme a été présentée,lors d’une communication au congrès « Les savoirs d’expérience en santé : Fondements épistémologique et enjeux identitaires » de Metz en 2016 alors que ce concept n’était encore qu’une idée. Elle a ensuite été régulièrement mis à jour au fur et à mesure des avancées de notre projet aujourd’hui devenu une réalité. Une réalité qui se transforme de mois en mois au vu des nouvelles modalités de manifestations organisées par l’UniverCité du Soin initié réellement à partir de janvier 2018. Cette architecture méthodologique et conceptuelle est déjà elle inspirée et reprise d’une première mise en forme ayant vu le jour au Québec en 2014, dans le cadre de la conception du modèle de Montréal avec Vincent Dumez, Paule Lebel et moi-même de la direction collaboration et partenariat patient (DCPP) de la faculté de médecine de l’Université de Montréal et de Diane Clavet, responsable du développement professionnel continu à la faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke, présentée aux 27ème entretiens Jacques Cartier à l’université de Sherbrooke au Québec les 6 et 7 octobre 2014.

[10] Note sur le terme de narration simulée : c’est dans le cadre du séminaire de mars 2018 que Maria Jesus Cabral en est venue à questionner étymologiquement le terme de simulation, à l’origine issu du verbe feindre. Et de fait, dans le cadre de se faire ensemble que nous tentons d’organiser, il s’agit bien de travailler sur les représentations et d’éviter dans les environnements pédagogique de créer un cursus caché. C’est à dire de proposer de messages implicites qui dans la littérature scientifiques sont largement documentés comme étant plus aisément assimilables, sans conscientisation, que les messages pédagogiques explicites proposés lors des séquences pédagogiques, or pour nous L’art du Soin ne doit pas se fourvoyer dans la simulation, face à la vulnérabilité, la sincérité et la posture authentique sont plus surement thérapeutique que la distance et la simulation.

[11] Winckler M. (2009). Le chœur des femmes. Paris : Gallimard.

[12] Winckler M. (2019). L’école des soignantes, Paris : P.O.L. éditeur.

L’UniverCité du Soin en 2019, de nouvelles formes d’intervention ?

Le début d’année 2019 a donné lieu à des discussions pour de nouvelles formes d’action à venir et à la mise en œuvre de nouvelles interventions prolongeant les actions d’éducation citoyenne, d’éducation populaire, déjà en place depuis 2015. Se préparent un prochain séminaire international inspiré de la médecine narrative initié en 2018 et la seconde partie du DU à l’Art du Soin débuté aux contours de l’automne et de l’hiver actuel, un DU primé par le prix PEPS 2018 en novembre dernier par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche en novembre dernier, et qui change de nom pour s’intituler désormais, formation à l’Art du Soin en partenariat avec le patient.

Voir la vidéo du prix PEPS 2018

C’est de ses projets 2019 que traite ce billet.

 

LES ACTIVITÉS PROGRAMMÉES EN 2019

 

Alors que la seconde promotion de la formation à l’Art du Soin, cursus qui a reçu le prix de la formation tout au long de la vie dans le cadre des prix d’innovations pédagogiques Passion Enseignement et Pédagogie dans le Supérieur (PEPS) a repris avec deux fois plus d’étudiants que la première année,

l’UniverCité du Soin (Flora, Benattar, Flora, 2019 [1] ; Flora, Benattar, Scheffer, 2017 [2]) vient de confirmer les dates du prochain séminaire de médecine narrative, les 13, 14 et 15 juin 2019, dans le cadre d’une collaboration internationale avec l’équipe Portugaise de l’Université de Lisbonne emmenée par Maria Jésus Cabral déjà accueillie l’an dernier. Un séminaire dans l’esprit développé par l’UniverCité du Soin, et donc avec sa spécificité par rapport à la médecine narrative telle que développée par Rita Charon (2006) [3], l’auteure originale car nous l’ouvrons aux patients et proches, ce que ne propose pas la forme initiale de cette approche. Et c’est notre ADN que de réunir les citoyens de la cité ensemble à travers différents espaces d’Agora.

C’est en effet, après le succès de la session de l’an dernier couplée avec une journée de rencontre débat, notre dispositif d’éducation citoyenne du Soin que nous organiserons cette seconde session autour du thème du handicap et autour de la sortie d’un ouvrage collectif à paraître professionnels de santé, patients, osons la littérature ! Un laboratoire virtuel pour la réflexion éthique [4],ouvrage dans lequel nous avons deux articles (Benattar, Flora, 2019 [5]; Benattar, Desserme, 2019 [6]). Nous recevrons également cette année Marie-France Mamzer (Hervé, Jean-Staton, Mamzer, 2017) [7] de la chaire éthique de la faculté de médecine de l’Université Paris-Descartes de Sorbonne-cité, au sortir du printemps (du 13 au 15 juin 2019). Une rencontre qui prolonge une première collaboration avec les équipes de Montréal avec lesquelles je collabore (Boivin, Flora, Dumez et al, 2017 [8]; Ghadiri, Flora, Pomey, 2017 [9]).

Côté Université citoyenne, c’est de nouveau également après la lecture-rencontre-débat du printemps dernier autour de comment les femmes se soignent à partir du livre Le Chœur des femmes avec la présence de Martin Winckler, qui cette fois a carte blanche pour organiser la journée du 30 mars qui s’intitulera « Nous sommes tou.te.s des soignant.e.s »

 

LES PROJETS EN COURS DE MISES EN OEUVRE

 

Mais au delà des actions citées qui sont mises en œuvre ou sont programmées en continuité de notre action, ce sont les nouveautés qui déterminent, selon nous, c’est-à-dire l’auteur et l’’équipe de la Maison de la Médecine et de la Culture (MMC) d’une part et la Faculté de médecine de l’Université Côte d’Azur (Benattar, Flora, 2016) [10], principalement sous le leadership de David Darmon, directeur du département d’enseignement et de recherche de médecine générale et du doyen Patrick Baqué d’autre part, la vision qui est la nôtre. C’est ainsi que des discussions sont en cours entre région et ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, à partir du prix décerné afin, comme exprimé lors du film réalisé durant la remise de prix visible ci dessus, d’ouvrir dès cette année un Bureau de l’Innovation du Partenariat avec les Patients et les citoyens à partir de la Faculté de médecine de Nice.

Nous devrions donc initier une nouvelle activité qui résidera dans la cartographie d’une part des espaces de formation en médecine et sciences de la santé, tant en formation initiale que continue autrement appelée aujourd’hui développement professionnel continue (DPC), le recrutement de patients, voire de proches et de tandems professionnel de la santé/patient, pour mener à bien ses missions afin d’influer progressivement sur le système de santé de la région.

Nous sommes également dans cette philosophie, soutenus par la Haute Autorité de Santé (HAS), pour lancer une chaire de recherche sur le partenariat de soin avec les patients et les citoyens, ce qui pourrait devenir une des missions de ce Bureau de l’Innovation du Partenariat avec les Patients et le citoyens (BIPP), s’il ouvre prochainement. Dans cet objectif d’ouvrir un axe de recherche que nous souhaitons et appréhendons comme nécessaire pour comprendre les dynamiques et processus d’expression en France et permettre dans un second temps de les diffuser, de les répliquer, au delà de la région. Il s’agit d’un axe qui rejoint une des recommandations de la HAS qui souhaite que des démarches scientifiques soient engagées sur les formes d’engagements et d’empowerment des usagers. Nous réfléchissons également avec des membres de l’Université Côte d’Azur, comme autre option, à constituer un axe sur le partenariat avec les patients, dans le cadre de la Chaire Smart City dont la titulaire est Laurence Vanin, confirmant ainsi notre motivation à l’ouverture de cet axe de recherche

Pour cela, nous sommes en cours d’élaboration d’un premier congrès international en France sur ce thème. Il devrait nous permettre de faire un premier état des lieux de ce qui s’organise en France et en Europe. Nous avons déjà à cet effet constitué un conseil scientifique international et contacté des conférenciers italiens, suisses, belges et canadiens. S’il a lieu, ce congrès se tiendra à Nice en ouverture du prochain congrès de la société internationale francophone d’éducation médicale (SIFEM), durant la première quinzaine du mois d’octobre.

 

CONCLUSION

 

C’est ainsi que fort de la dynamique initiée en 2015 par des citoyens à travers les ciné-rencontres débats organisées par la Maison de la Médecine et de la Culture (MMC), aujourd’hui relayée par une chaine Youtube, nous avons conçu et organisé une UniverCité du Soin qui pour sa deuxième année d’activité continue d’enrichir soin, offre de réflexion, de formation et bientôt de recherche sur le Soin du 21ème siècle, une forme de soin organisée avec les patients, les proches et les citoyens, que ce soit dans la complémentarité des savoirs entre les professionnels de santé et les patients, ou entre pairs, et c’est fort des encouragements reçus et par le prix décerné pour notre action de formation tout au long de la vie que nous nous sommes attelés à construire ses nouveaux modules liant Université, Cité et citoyens quels que soient leurs qualificatifs socio- professionnels.

 

BIBLIOGRAPHIE ET COMMUNICATIONS

 

[1] Flora L., Benattar J.-M., Darmon D. (2019). « L’UniverCité du soin, espace de transformation pour une transformation des espaces et des pratiques ». Innovations, revue d’économie et de management de l’innovation, une revue avec comité de pairs, l’article est accepté et en cours de révision finale avant publication.

[2] Flora L., Benattar J.-M., Sheffer P. « Le mouvement bottom up prendrait-il une place sur les démarches top down dans les formations aux professions de la santé ?  Où comment enrichir le mouvement de démocratie en santé », Colloque national du Collège des Humanités médicales 2017 (CoSHSeM), Faculté de médecine, Université de Strasbourg, 22-24 juin 2017, le 23 juin 2017.

[3] Charon R. (2015), Médecine narrative : Rendre hommage aux histoires de maladies, (Traduit de l’ouvrage anglais publié à Oxford University press en 2006), Paris : Sipayat.

[4] De Jesus Quintas Reis Cabral M., Mamzer M.-F., (Dir.) (2019). Médecins, patients… Osons la littérature ! Un laboratoire virtuel pour la réflexion éthique, Paris : Sipayat, à paraître.

[5] Benattar J.-M., Flora L. (2019). « Pensée l’éthique avec Philippe Barrier : le patient autonome » (Dir. De Jesus Quintas Reis Cabral M., Mamzer M.-F). Médecins, patients… Osons la littérature ! Un laboratoire virtuel pour la réflexion éthique, Paris : Sipayat, à paraître.

[6] Benattar J.-M., Desserme R.. (2019). « Le Chœur des femmes, Martin Winckler, » (Dir. De Jesus Quintas Reis Cabral M., Mamzer M.-F). Médecins, patients… Osons la littérature ! Un laboratoire virtuel pour la réflexion éthique, Paris : Sipayat, à paraître.

[7] Hervé C., Jean-Staton M., Mamzer M.-F., (Dir.), (2017). « La participation des patients » « vol. 2017, Collection « Ethique biomédicale et normes juridiques », Paris : Editions Dalloz

[8] Boivin A., Flora L., Dumez V., L’Espérance A., Berkesse A., Gauvin F.-P. (2017).« Transformer la santé en partenariat avec les patients et le public : historique, approche et impacts du “modèle de Montréal”. In « La participation des patients« . Paris : Editions Dalloz, pp. 11-24

[9] Ghadiri D. P. S., Flora L., Pomey M.-P. (2017).« Le virage patient partenaire de soins au Québec. Reconfiguration de l’exercice du pouvoir médical et lutte pour de nouvelles subjectivités. In « La participation des patients« : Editions Dalloz, pp. 25-36.

[10] Benattar J.-M., Flora L. (2016). « En quoi un espace d’apprentissage citoyen autour de la médecine et de la culture peut-il transformer les usages et les représentations des professionnels de la santé ? « . Colloque d’anthropologie sur « Les savoirs d’expérience en santé : Fondements épistémologique et enjeux identitaires« , Université de Lorraine, Metz. Le 24 octobre 2016.

L’UniverCité du Soin franchit une nouvelle étape et révèle des questions de fond sur l’état du système de santé français

Résumé : Ce billet traite d’un quatrième volet de l’UniverCité du Soin en projet depuis 2016 par la rencontre d’un co-concepteur du modèle de Montréal (Boivin et Al, 2017) [1], l’auteur de ce blog et d’un groupe de citoyens Niçois, l’association Maison de la Médecine et de la Culture (MMC) créée par un médecin, Jean-Michel Benattar. Ce nouveau module s’est organisé autour du concept de Médecine Narrative (Charon, 2006) [2]. Une médecine narrative dont il s’agirait d’imaginer un nom adapté à l’essence de ce que propose l’UniverCité du Soin. C’est-à-dire des espaces de rencontre autour d’œuvres artistiques (cinéma, littérature) représentant la médecine au sein desquels, il est question d’écouter, d’écouter les autres mais également soi-même et d’échanger. Il y est question d’éprouver, de se questionner et d’être ensemble : professionnels de santé, patients, proches et citoyens. C’est ainsi, que depuis janvier 2018, cette UniverCité du Soin (projetée depuis 2016) (Benattar, Flora, 2016) [3], a pris réellement corps grâce à l’ouverture à la Faculté de Médecine de Nice de la formation amenant au diplôme universitaire de l’Art du Soin.

 CONTEXTE

Alors que depuis 2015 s’est organisée une Université citoyenne orientée par les grandes thématiques de santé au travers de ciné-conférences-débats, s’est insérée l’intervention, à chaque rencontre, d’un patient permettant d’émettre sur le sujet la perspective patient et de mettre en évidence une complémentarité des savoirs entre les interlocuteurs. Cet apport de la perspective patient est la conséquence de la rencontre à Montréal entre l’auteur et Jean-Michel Benattar, fondateur de la Maison de la Médecine et de la Culture (MMC).

Ce lieu de rencontre et les moyens mobilisés dont un moyen d’enrichir le débat avec les citoyens participants qu’ils soient, simples citoyens, patients, proches, professionnels de santé, étudiants en sciences de la santé ou dans une situation mixte. C’est ainsi que l’idée d’une greffe entre le modèle naissant niçois et ce qui a été développé à partir de Montréal (Karazivan et al, 2015 [4] ; Flora, 2015 [5]) a germé et s’est assez spontanément mise en place.

L’idée d’un séminaire à la faculté de médecine de Nice, où professionnels de santé, patients, citoyens, étudiants en sciences de la santé, chercheurs et enseignants chercheurs de sciences humaines et sociales ont pratiqué ensemble la médecine narrative adaptée au public mobilisé par la MMC, a germé à la Faculté de Médecine de Strasbourg lors d’un échange avec Maria de Jesus Cabral, directrice d’un groupe de recherche Narrative & Medicine à la faculté de lettres de l’Université de Lisbonne. Nous l’avions rencontré en juin 2017 dans le cadre de feu le Collège d’enseignants de Sciences Humaines et sociales auprès des étudiants en Faculté de Médecine (CoSHeM) [6] auquel nous participions Jean-Michel Benattar et moi-même (Flora, Benattar, Scheffer, 2017) [7]. Il s’agit donc d’un second dispositif pédagogique conçu pour l’UniverCité du Soin au sein duquel les participants « font ensemble » après le diplôme Universitaire (DU) de l’Art du Soin.

Une conférence d’introduction suivie de deux jours et demi d’immersion dans l’univers de la médecine narrative

La Médecine Narrative est un mouvement constitué à l’origine à l’université de Columbia de New-York aux USA, grâce à Rita Charon dans les années 1990. Cette approche puise dans l’herméneutique narrative et dans des méthodes littéraires qui permettent aux étudiants en médecine de s’intéresser au récit du patient, au récit de la vie avec la maladie que Rita Charon nomme les histoires de maladies tel le titre des ouvrages anglophones (Charon, 2006 [8] ; Kleinman, 2000 [9]) et leurs traductions et développements en France (Charon, 2015 ; Goupy F. Le Jeune C. 2016) [10]. Une approche importante au vu d’une part des transformations des usages dans le soin et ses organisations, et d’autre part du fait de l’augmentation des malades chroniques.

Les invités Portugais, venus de l’université de Lisbonne Maria de Jesus Cabral (CEAUL), professeure de littérature, rencontrée à Strasbourg, accompagnée d’António Barbosa (Centre de Bioéthique de la Faculté de Médecine), psychiatre et psychanalyste associé au philosophe Nuño Proença (Centre de Philosophie de la Faculté de Médecine) sont venus nous proposer un processus pédagogique de grande qualité.

C’est donc une expérience de la médecine narrative interdisciplinaire qui a eu lieu à la rencontre d’un public assez hétérogène ayant manifesté sa complémentarité en tant qu’acteurs, étudiants-écrivains, voire co-auteurs du soin…D’ailleurs en termes d’interdisciplinarité, la conférence d’introduction du milieu de semaine au galet, l’amphithéâtre du CHU de l’hôpital Pasteur de Nice exceptionnellement sous la neige ce soir là, s’est conclue sur l’annonce du défi proposé, cheminer d‘une introduction multidisciplinaire à trois jours de plongée vers une progressive approche interdisciplinaire. Une quarantaine d’étudiants ont participé aux 3 jours proposés, avec des médecins venus de plusieurs villes de France pour se former à cette approche, plutôt motivés par un approfondissement de cette forme d’écoute du malade pour ceux qui se sont déplacés. Rares parmi eux d’ailleurs ont pu rester les 3 jours pour des raisons professionnelles, comme cela a également été le cas de plusieurs étudiants devant assumer leurs autres responsabilités. Ce sont donc approximativement une trentaine de personnes qui ont participé à ces journées quotidiennement.

Après la conférence à trois voix introduite par les organisateurs Niçois, chaque journée a été animée par un des intervenants Portugais dans une maîtrise de la langue Française et de la littérature de notre pays grandement utile à la participation de tous. À chaque session, après l’introduction conceptuelle ou contextuelle, des mises en situation d’écriture, de positionnement, de débats éthique ont donné lieu à l’expression et à la réflexion de l’ensemble des participants. Une musique, une chorégraphie des différents participants se sont ainsi données à écrire, lire, et exposer un peu plus au fur et à mesure de soi dans cette immersion dans la médecine narrative au fil des lectures de littérature, d’extraits de films ou de situations de cas exposées. Un fait pour illustration m’a interpellé. Il s’est manifesté lors d’un exercice au cours duquel, après la projection d’une scène du film Wit [11]. Il était proposé à chacun d’entrer dans le rôle d’un personnage, et d’écrire un prolongement de la scène en créant la pensée du personnage. Or, les premiers professionnels de santé osant lire leurs écrits, plutôt que de partir des personnages (ici, le professeur de médecine, la patiente, l’infirmière et l’interne dans un profil assistant de recherche) se sont introduit : qui dans la seringue à Morphine, qui dans le médicament, enfin dans une solution thérapeutique alors que la scène très inconfortable tournait autour de l’échange entre les différents humains. Un symptôme pour maintenir la métaphore médicale, de la difficulté à se questionner selon moi sur les attitudes, interactions et représentations des professionnels de santé joués dans cette scène.

Il a également été manifesté durant ces trois jours un certain malaise sur les pratiques organisationnelles actuelles. Ainsi le terme de médecine bureaucratique est-il apparu au détour d’un texte écrit puis après lecture, ce terme a donné lieu à échanges. Des questions sur les ressources permettant de changer certaines pratiques dans un système parfois « maltraitant » ont été débattues. Cependant, nous ne pouvons réduire à cet exercice l’ensemble du séminaire car l’Art du soin au travers de l’écoute s’est largement imprégné des lectures et récits, tant de littérature, que des extraits audiovisuel, que des écrits qui ont prolongé ces séquences à partir desquels déployé ses propres écrits. Les participants repartent de ce moment avec des apprentissages qui leurs ont apporté des clés pour leur pratique, un potentiel de transformation qui leur en révèlera d’autres, et enfin pour un certain nombre d’entre eux un collectif où se ressourcer et où continuer d’évoluer au sein d’une communauté de pratique orientée vers un même objectif qui s’exprimera dans la singularité de l’être et du faire de chacun.

D’ailleurs l’ensemble des participants a manifesté sa satisfaction, son intérêt et sa sensibilité à cette approche et la programmation d’une nouvelle aventure est déjà initiée pour l’année prochaine, raison pour laquelle je présente cette initiative comme un nouveau module de l’UniverCité du Soin. D’ici là, il est même prévu de constituer un matériel écrit en prolongement du thème de l’université citoyenne au cours de laquelle les participants au séminaire restés se sont mélangés aux citoyens venus pour cette rencontre maintenant organisée régulièrement.

Analyse et questions de fond sur l’état du système de santé Français

Si les initiatives de la Maison de la Médecine et de la Culture s’organisent avec le soutien du doyen de la Faculté de Médecine, de responsables pédagogiques de la faculté de médecine, d’enseignants chercheurs de l’université, de responsables du CHU comme d’autres établissements niçois ou encore des musés, théâtres et autres lieux de la cité selon la philosophie de la Maison de la Médecine et de la Culture (MMC). Je ne peux, et il me semble, nous ne pouvons pas faire l’impasse sur le constat que les innovations, au- delà et en deçà de la technologie, de ce qui a trait à l’humain, à la relation, voire à la continuité de l’enseignement, au passage paradigmatique de l’apprentissage tant vanté actuellement par nos gouvernants (ou encore des soins) s’organisent aujourd’hui dans ce que nous pourrions rapprocher du volontariat ou du bénévolat; et cela en dit long sur les orientations politiques (du point de vue épistémologique d’anticipation de la cité) de notre société.

Je vais tenter d’éclairer ce propos qui pour nombre de lecteurs pourrait sembler obscur. Si le doyen Patrick Baqué a ouvert les salles de la faculté de médecine pour cet événement comme pour la formation sur l’Art du Soin, un séminaire qui s’est d’ailleurs tenu dans une des plus belle, sinon la plus belle salle, la salle du conseil, il faut savoir que ces initiatives sont autofinancées par les participants, parfois venus de toute la France, et les organisateurs. Et ce n’est malheureusement pas une exception mais une nouvelle norme qui s’installe depuis un certain temps en France. Je peux par exemple citer l’autre expérience significative de médecine narrative dans une grande faculté de médecine en France, l’université Paris-Descartes. Depuis plusieurs années, un processus a ainsi été initié avec une généralisation de cet enseignement auprès des étudiants de médecine de 4ème année, qui durant un semestre expérimentaient lors de l’exercice académique précédent la médecine narrative lors d’un semestre et l’approche des groupes Balint [12] (1957) [13] durant l’autre semestre. Or cette initiative pédagogique a été organisée sans rémunération des médecins investis pédagogiquement, avec là encore des médecins venus se former, de la même manière que dans ce nouvel Opus de l’UniverCité du Soin, à leurs propres frais. C’est également le cas des patients qui sont mobilisés pour initier des enseignements dans la même faculté mais également dans d’autres (par exemple dans le cadre de PACTEM) [14], excepté dans le cadre d’une recherche à la faculté de médecine de l’université de Paris 13 [15], dans la même configuration en comparaison des centaines de patients formateurs mobilisés au Québec à la faculté de médecine et auprès du comité interfacultaire opérationnel de l’université de Montréal pour les cours de collaborations et de partenariat patients en sciences de la santé, qui sont eux financièrement dédommagés (Vanier, Flora, Lebel, 2016 [16] ; Flora, Berkesse A., Payot A., Dumez V., Karazivan P. 2016 [17]).

Les milieux de soin(s) ne sont pas mieux lotis. Je ne donnerais qu’un exemple qui d’ailleurs date un peu mais est réapparu dans une liste courriel de professionnels de la santé pour ne pas me lancer dans une liste exhaustive usante à lire dans un contexte qui voit depuis un peu plus d’un an nombre d’articles, de livres et rapports publiés sur un système qui tel qu’organisé politiquement craque de tout côtés (Schifttly, 2018 [18] ; Favereau, 2018 [19] ; Aulsender, 2017 [20] ; ANEMF, 2017 [21]; Revah-Levy, Verneuil, 2016 [22]). Dans cet établissement de santé qui détient pourtant des services d’excellence, des professeurs de médecine seniors du CHU de Beaujon, à Clichy en région parisienne, organisent depuis des années, puisque le budget ne permet plus de payer les gardes du week-end des médecins seniors, des relais pour assurer des gardes « bénévoles ». Une organisation « de secours », qui commençait en 2013 à lasser mais qui sur des années s’était pérennisée (Niosi, 2013) [23].

Conclusion

Comme l’a plusieurs fois exprimé mon collègue de Montréal Vincent Dumez, co-directeur patient de la direction collaboration patient partenaire (DCPP) à la faculté de médecine et au centre d’excellence sur le partenariat avec les patients et le public (CEPPP) attaché à la chaire Canadienne sur le partenariat, en France vous avez des idées mais vous ne soutenez pas ceux qui les portent, nous sommes heureux d’en profiter.

Plus globalement, si les professionnels de santé, largement reconnus pour cela par les Français, organisent d’eux-mêmes des initiatives permettant de combler les vides qui se multiplient dans le système de santé, et si les patients, tels qu’identifiés dans le référentiel de compétences que développent les patients au cours de leur expérience de la vie avec la maladie (Flora, 2012 [24] ; 2015 ; 2016 [25]) font très largement preuve d’altruisme, le système de santé pourra-t-il rester de qualité et répondre aux attentes des patients, mais également des professionnels de santé sur les bases exposées ? Un échange avec une collègue du centre d’étude des solidarités sociales (CESOL), Dan Ferrand-Bechmann (2008) [26], professeure émérite, spécialiste du bénévolat, nous a amené à questionner, comme j’interroge le terme de médecine narrative pour l’initiative sujet de ce billet, à  le terme de bénévolat vis à vis des exemples cités. Car si les citoyens de la Maison de la Médecine et de la Culture (MMC) sont impliqués par choix et consciemment de manière « bénévole ?» dans ces activités, et ils y tiennent pour les mêmes raisons que celle identifiées avec Dan Ferrand-Bechmann dans la recherche menée ensemble auprès des bénévoles dans le domaine du cancer (2010) [27], le sentiment de liberté, la situation est beaucoup plus complexe pour nombre d’autres acteurs mobilisés dans les actions ici mises en lumière. D’ailleurs, cette situation dans un domaine dans lequel prime la continuité des soins serait constitutionnellement mise à mal si les bénévoles faisaient grève ? (Ferrand-Bechmann, 2012) [28]. L’équipe universitaire Portugaise, comme les équipes Québécoise dans lesquelles des patients sont aujourd’hui intégrées, sont venus sur la base de leurs recherches financées, et ce n’est pas les déconsidérer, bien au contraire, que de mentionner ce fait au moment où vient encore d’être publiées la chute dans les classements internationaux de la recherche Française (De Tricornot, 2018) [29].

Dans ce contexte général cependant, des initiatives intéressantes, qu’elles soient citoyennes, telle que celle qui fait le cœur de cet article, issues de groupes de patients ou encore de la part de professionnels de santé, émergent. Cette nouvelle invitation internationale des Niçois, après celle de mars 2017 avec une partie de l’équipe de Montréal [30], et avant celle de cette fin de mois avec des Suisses [31], permet d’envisager le soin dans une certaine perspective humaniste. Une approche selon laquelle l’Art du Soin peut continuer d’exister, trouver sa juste place dans un système technoscientifique qu’il ne faudrait surtout pas mettre en opposition mais plus en complémentarité. Une complémentarité qui dans un cadre favorable démontre également sa qualité et son efficience quand elle s’organise entre patients, proches et professionnels de la santé, pour peu que soient mobilisés et intégrés les savoirs de la maladie des professionnels de santé et le savoir de la vie avec la maladie des patients, des malades, des usagers, des citoyens.

Deux questions restent donc en suspens si vous avez des idées ? Quel terme serait le plus adéquat pour nommer ce prolongement de la Médecine Narrative s’il en est besoins ? Comment nommer ces bénévoles qui n’agissent pas vraiment par choix mais dans ce qu’Etienne De La Boétie (1549) [32] a défini comme « la servitude volontaire » ?

 

Notes et références bibliographiques

[1] Boivin A., Flora L., Dumez V., L’Espérance A., Berkesse A., Gauvin F.-P. (2017).« Transformer la santé en partenariat avec les patients et le public : historique, approche et impacts du “modèle de Montréal”. In « La participation des patients » « vol. 2017. Collection « Ethique biomédicale et normes juridiques », Paris : Editions Dalloz, pp. 11-24

[2] Charon R. (2015), Médecine narrative : Rendre hommage aux histoires de maladies, (Traduit de l’ouvrage anglais publié à Oxford University press en 2006), Paris : Sipayat.

[3] Benattar J.-M., Flora L. (2016). « En quoi un espace d’apprentissage citoyen autour de la médecine et de la culture peut-il transformer les usages et les représentations des professionnels de la santé ? ». Colloque « Les savoirs d’expérience en santé : Fondements épistémologique et enjeux identitaires », Université de Lorraine, Metz, le 24 octobre 2016.

[4] Karazivan P., Dumez V., Flora L., Pomey M.-P., Del Grande C., Guadiri S., Fernandez N., Jouet E., Las Vergnas O., Lebel P. (2015), « The Patient as Partner in Care : Conceptual Grounds for a Necessary Transition », Academic Medicine, April 2015 – Volume 90 – N° 4 – pp.437–441.

[5] Flora L. (2015), Un référentiel de compétences de patient : pour quoi faire ? Du savoir expérientiel des malades à un référentiel de compétences intégré : l’exemple du modèle de Montréal, Presses Académiques Francophones, Sarrebruck, Allemagne.

[6] Le CoSHeM est depuis ce congrès devenu le Collège des Humanités médicales (COLHUM) lors de ce congrès 2017.

[7] Flora L., Benattar J.-M., Sheffer P. (2017). « Le mouvement bottom up prendrait-il une place sur les démarches top down dans les formations aux professions de la santé ? » Où comment enrichir le mouvement de démocratie en santé », Colloque national du Collège des Humanités médicales 2017 (CoSHSeM), Faculté de médecine, Université de Strasbourg, 22-24 juin 2017.

[8] Charon R. (2006), Narrative medicine : honoring the stories of illness. Oxford University press.

[9] Kleinman Arthur. (2000), The illness narrative, Boston, Harvard University Press.

[10] Goupy F. Le Jeune C. (2016). La médecine narrative : une révolution pédagogique ? Med-Line édition.

[11] Le film Wit, prolongement d’un ouvrage primé, d’une pièce de théâtre avant de devenir un film a été l’œuvre d’art à partir de laquelle s’est organisée la rencontre-ciné débat du samedi en clôture de ce séminaire de médecine narrative.

[12] Les groupes Balint sont une approche pédagogique destinée à la formation professionnelle continue destinée aux médecins comme système d’évaluation des pratiques

[13] Balint M. (1957) Le médecin, son malade, la maladie, (traduction de J.P. Valabrega), Paris : Payot, 1961.

[14] PACTEM est un projet de recherche-action concernant les patients en tant que formateurs des professionnels de santé actuellement financé pour la seconde fois par les financements IDEX en région Rhône Alpes, les initiatives d’Excellence en recherche académique.

[15] Des patients formateurs ont été sollicités pour participer à des enseignements au cours de la formation de médecine générale dans cette université de Paris 13 avec un financement qui a ensuite été prolongé par une recherche financière de crowdfunding pour poursuivre l’expérimentation.

[16] Vanier M.-C., Flora L., Lebel P. (2016), « Un professionnel de santé qui exerce une pratique collaborative en partenariat avec le patient », in (Dir. Pelacia T.) Comment [mieux] former et évaluer les étudiants en médecine et en sciences de la santé, Bruxelles, De Boeck, pp. 74-104.

[17] Flora L., Berkesse A., Payot A., Dumez V., Karazivan P. (2016), « L’application d’un modèle intégré de partenariat patient dans la formation des professionnels de la santé : vers un nouveau paradigme humaniste et éthique de co-construction des savoirs en santé », in Innovation pédagogiques en éthique de la santé, Le Journal International de Bio-éthique et d’éthique des sciences, volume 27, N° 1, pp. 59-72

[18] Richard Schittly. (2018). Hôpitaux de Lyon : « Chaque jour, on a peur qu’il arrive une catastrophe ». Le Monde, Le 9 mars 2018.

[19] Eric Favereau (2018). À Beaujon, «dans un service hébergeant des malades en fin de vie, il fait 17°C. Libération, le 3 mars, 2018, accessible en ligne à l’adresse : http://www.liberation.fr/france/2018/03/05/a-beaujon-dans-un-service-hebergeant-des-malades-en-fin-de-vie-il-fait-17c_1633936

[20] Auslender, V. (2017). Omerta à l’hôpital. Le livre noir des maltraitances faites aux étudiants en santé. Paris : Michalon.

[21] ANEMF (2017). Enquête sur la santé mentale des jeunes médecins. Association National des étudiants en Médecine de France, accessible sur Internet à l’adresse : http://www.anemf.org/blog/2017/06/13/enquete-sante-mentale-des-jeunes-medecins-2/

[22] Revah-Levy A. Verneuil L. (2016). Docteur, écoutez !: Pour soigner il faut écouter. Paris : Albin-Michel

[23] Marianne Niosi (2013). « Plongée dans un hôpital étranglé par la gestion financière ». Médiapart, le mercredi 18 septembre 2013.

[24] Flora, L. (2012).  Le patient formateur : élaboration théorique et pratique d’un nouveau métier de la santé . Thèse de doctorat de sciences sociales, spécialité « Sciences de l’éducation », Université Vincennes Saint Denis – Paris 8, campus Condorcet.

[25] Flora L. (2016). « Le savoir des malades à travers un référentiel de compétences « patient » utilisé en éducation médicale».La recherche en éducation, N°15, pp. 59-75.

[26] Ferrand-Bechmann D. (2008). Les tribulations d’une sociologue. Paris : L’Harmattan.

[27] Ferrand-Bechmann D, Bourgeois I., Flora L., Sevilla A. (2010), La société du Care face au cancer : Les bénévoles dans les associations et les groupes d’entraide, CESOL. Rapport de recherche dans le cadre de la convention PRSH08 DFB du 6 mai 2010, Ligue Nationale contre le Cancer/Université Paris 8]

[28] Ferrand-Bechmann D. (2012), « Si les bénévoles faisaient grève ? », Revue projet, N° 329, Août 2012, pp. 39-44.

[29] Adrien De Tricornot (2018). « L’enseignement supérieur français continue de décliner, faute de moyens ». Le Monde, le 28 février, 2018.

[30] Intervention de Vincent Dumez et moi-même.

[31] Jean Philippe Assal, l’instigateur initial de l’éducation thérapeutique du patient (ETP), sa femme Tiziana Assal, historienne de l’Art et le cinéaste Olivier Horn participerons au DU de l’Art du Soin et à la prochaine rencontre-ciné débat.

[32] De La Boétie E. (1549), Le Discours de la servitude volontaire, Manuscrit de Mesme.

Et l’UniverCité du Soin devint réalité !!!

Le projet est issu de la rencontre en 2015, d’un patient chercheur, coconcepteur du modèle de Montréal (Macy’s, 2014[1], Pomey et al, 2015[2]) et d’un collectif de citoyens fédérés par un médecin de ville, fondateur à Nice de l’association maison de la médecine et de la culture (MMC) désigné comme UniverCité du Soin. Ce projet est devenu une réalité effective. C’est une innovation au sein de laquelle les citoyens, professionnels de santé, cliniciens, patients et proches peuvent évoluer afin de de prendre en main leur destin personnel, de coconcevoir le soin et les organisations comme les systèmes qui les concernent pour leurs propres soins et le don de soin à autrui. Ce billet traite tant de la bonne nouvelle du passage de cette « UniverCité du Soin» du stade de projet à celui de réalité et des prochaines étapes, ambitions qui permettraient à cette innovation de s’épanouir en bénéficiant à la société et aux citoyens à partir de leur mobilisation.

C’est durant la première quinzaine de ce début d’année 2018, tel qu’annoncé dans mon précédent billet qu’a été pratiquement initiée, au travers du lancement du DU sur l’Art du Soin, ce que nous appelons l’UniverCité du Soin. Voici ce que Jean-Michel Benattar, médecin fondateur et l’auteur de ce blog, ont imaginé.

Définition

Il s’agît de proposer différents espaces qui permettent à l’ensemble des citoyens qui le souhaitent de réfléchir, décider et agir ensemble le Soin dans et pour la cité, de réfléchir et de faire AVEC. Il s’agit d’apprendre une forme de partenariat qui crée tant le soin que les organisations qui le permettent, de participer à ce qui les concerne au premier chef, de ce que malencontreusement, du point de vue de l’auteur, il y a quelques décennies, il a été nommé un « capital santé » (Becker, 1960)[3].

C’est selon cette philosophie qu’à partir de début 2015 a été organisé un cycle trimestriel de ciné-conférences-débats par la Maison de la Médecine et de la Culture (MMC). Des rencontres qui se donnent principalement dans divers lieux de la cité de Nice, afin d’inviter l’imaginaire, de susciter l’émotion puis la réflexion sur un thème qui ramène au soin, au plus près de l’Art du soin. L’Art d’articuler le soin de la maladie et le soin de la personne qui présente une maladie avec lorsque le patient a acquis des savoirs expérientiels de ce vécu sa prise en compte dans le soin.

Ces rencontres ont permis à ce jour de balayer nombre de grands thèmes comme le soin, l’apprentissage par l’expérience du soin, la souffrance du patient comme du professionnel de santé, le prendre soin à l’ère des techno-sciences, le soin jusqu’au bout de l’existence, l’accompagnement de la personne vivant avec une maladie d’Alzheimer et ses proches, « programmé mais libre » concernant la médecine prédictive. L’ensemble des séances sont accessibles en ligne à l’adresse :  http://www.medecine-culture.org…[4]

Il est apparu que ces espaces de rencontres ont mobilisé des citoyens et permis un mouvement au sein même de la faculté de médecine puisque des étudiants en médecine générale ont depuis 2015 une unité de valeur créditée dans leur formation lorsqu’ils décident de mener des réflexions en dehors d’ « un entre soi » (Flora, Benattar, Scheffer, 2017)[5]. Par ailleurs, l’organisation des rencontres a été enrichi par la présence, parmi les intervenants, d’un patient introduisant le débat, à l’image de l’organisation proposée depuis l’ouverture d’un bureau facultaire de l’expertise patient partenaire à la faculté de médecine de l’université de Montréal au Québec. cependant, ce vivre ensemble proposé connaît ses limites sans que ne soit mis en cause tout ce qu’il apporte à ceux qui y participent.

C’est à partir de ce constat que d’autres formes de partenariat ont été imaginées pour aller plus loin que susciter une réflexion. L’idée est donc de proposer d’autres espaces qui permettent d’agir. C’est dans ce sens que le DU de l’Art du Soin a été créé, avec : l’accord de la faculté de médecine, le soutien du doyen, le professeur Patrick Baqué, et la responsabilité scientifique de David Darmon, codirecteur du département de recherche et d’enseignement en médecine générale de la faculté de Médecine de l’Université de Nice Sophia Antipolis. Ce DU, toujours sur la base d’une réflexion suscitée par les œuvres cinématographique a pour ambition de remettre en situation des interpellations rencontrées au cours du parcours des participants qui se composent de professionnels de santé en exercice, d’étudiants en sciences de la santé, de patients et de proches. Il est donc question dans cet univers protégé d’agir ensemble dans le soin.

Ces deux modalités de rencontres sont aujourd’hui planifiées et permettent des actions, chacune à leur niveau, enrichies grâce à un investissement plus large de l’activité de la MMC qui organise d’autres types d’évènements dans la cité comme, par exemple, ce mois-ci la présentation de ses actions entreprises et la philosophie qui les soutiennent au LAPCOS (laboratoire d’anthropologie de l’Université Nice Sophia Antipolis), en partenariat avec le groupe COSOCO (Consciences, Soins, Cognition)[6] avec accès libre aux citoyens, mobilisant ainsi d’’autres lieux de rencontres de la cité avec l’université.

Cependant, une troisième étape n’a pas, pour le moment, réussie à réunir les conditions de sa mise en œuvre. Il s’agit, à l’image de deux expérimentations qui débutent en ce début 2018 sur l’ile de Montréal, de recherches action (Barbier, 1996)[7] de type recherche participative (Houillet, 2016)[8]. Et ce malgré le dépôt de ce projet sur Nice en 2016 dans le cadre d’une manifestation d’intérêt, émise sous le conseil du responsable de la recherche de la communauté d’université et d’enseignement supérieur (COMUE) de Sophia Antipolis et du même projet redessiné pour répondre aux conditions requises auprès de la Fédération Hospitalière de France à l’invitation du directeur du fonds recherche et innovation de la FHF.

Il s’agit là, après avoir créé un espace de réflexion et de sensibilisation, puis un espace d’apprentissage du soin en action dans le prolongement de ce qui a pu inspirer ces modules de l’UniverCité du Soin, de « permettre l’espace de cocréation des soins et organisations adaptées aux importantes mutations qui impactent nos sociétés et plus précisément le domaine de la santé ». Un espace pour vivre, créer et faire ensemble le soin.

 

Conclusion

 

L’avenir niçois du soin a commencé sa mue, dans la lignée du partenariat patient (Flora, 2017)[9] qui aujourd’hui transforme de manière systémique le système de santé au Canada (Boivin et Al, 2017)[10], tout en préservant les spécificités culturelles et géographiques de cette cité méditerranéenne. Evidemment, les deux manières d’être et de faire n’avancent pas au même rythme car les moyens à disposition ne sont en aucune commune mesure similaires, tout comme les appuis politiques des décideurs de la cité et les contours territoriaux qui les englobent (état, province fédération).

La question qui se pose se manifeste selon l’auteur de ce blog sous cet angle. Au vu de la rapidité des mutations en cours dans le domaine de la santé, n’y-a-t-il pas nécessité à permettre une agilité qui offre aux citoyens la possibilité de faire part de leur bon sens et de participer, avec toutes leurs richesses, à la réflexion et l’action que, manifestement, ne réussissent plus à produire les organisations de santé selon les contours définis ces dernières décennies ?

Espérons que cette troisième forme de vivre ensemble de l’UniverCité du Soin voie le jour prochainement…

Notes et références bibliographiques

[1] Macy’s foundation (2014). Partnering with Patients, Families, and Communities: An Urgent Imperative for Health Care : Recommendations from the Macy Foundation Conference on Partnering with Patients, Families, and Communities to Link Interprofessional Practice and Education, Josiah Macy Jr. Foundation, 44 East 64th Street, New York, NY 10065 : http://www.macyfoundation.org

[2] Pomey M.-P., Flora L., Karazivan P., Dumez V., Lebel P., Vanier M.-C., Débarge B., Clavel N., Jouet E. (2015), « Le « Montreal model » : enjeux du partenariat relationnel entre patients et professionnels de santé », Santé publique, HS, 2015/S1, pp.41-50.

[3] Le terme de capital est issu du concept de capital humain : Gary Becker (1960), prix Nobel d’économie en 1992 a défini que l’homme possède un capital sous forme de connaissances, de compétence, d’expériences, d’intelligence, de créativité et d’imagination.

[4] Consulter les archives de la MMC pour connaître tous les thémes abordés : http://www.medecine-culture.org/archives-evenements/

[5] Flora L., Benattar J.-M., Sheffer P. (2017). « Le mouvement bottom up prendrait-il une place sur les démarches top down dans les formations aux professions de la santé ? » Où comment enrichir le mouvement de démocratie en santé », Colloque national du Collège des Humanités médicales 2017 (CoSHSeM), Faculté de médecine, Université de Strasbourg, 22-24 juin 2017.

[6] Le groupe de recherche CoSoCo du LAPCOS a invité le mercredi 17 janvier 2018 de 18h30 à 20h les citoyens à la conférence –débat « La médecine, une science humaine : Co-construire une Univer-Cité du Soin? », MSHS (Maison des Sciences de l’Homme et de la Société), Saint-Jean d’Angély, avec François Mitterrand.

[7] Barbier R. (1996), La recherche-action, Paris, Economica, Anthopos.

[8] Houillet (Dir). (2016). Les sciences participatives en France : état des lieux et méthodes, rapport commandé par le Ministère de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur et de la recherche.

[9] Flora L. (2017). Le partenariat patient : un nouveau modèle relationnel », Perspectives et Solidarités Sociales, N° 250, pp.54-55

[10] Boivin A., Flora L., Dumez V., L’Espérance A., Berkesse A., Gauvin F.-P. (2017).« Transformer la santé en partenariat avec les patients et le public : historique, approche et impacts du “modèle de Montréal”. In « La participation des patients » « vol. 2017, Collection « Ethique biomédicale et normes juridiques », Paris : Editions Dalloz, pp. 11-24

 

Une formation en ligne sur les fondements du partenariat patient en 2018

Le 12 janvier prochain aura lieu la journée inaugurale du cursus menant au Diplôme Universitaire de l’Art du Soin de la Faculté de Médecine de Nice-Sophia Antipolis sous la direction scientifique du Dr David Darmon, inspiré de ce qui se développe dans le modèle de Montréal (Boivin, Flora, Dumez et al, 2017)[1] dans le cadre d’une greffe avec les activités initiées par la Maison de la Médecine et de la Culture (MMC). Ce second dispositif de rencontre entre acteurs du soin citoyen inaugure également ce que nous pouvons considérer comme le lancement de l’ambitieuse UniverCité du Soin. Il s’agit d’ un dispositif pédagogique innovant conçu par le médecin Jean-Michel Benattar, déjà fondateur de la MMC, et l’auteur de ce blog (Flora, Benattar, 2016[2], 2017[3]). Dans quelques mois en 2018, il sera à partir du Canada ouvert un cours de 45 heures entièrement digitalisée sur les fondements du partenariat patient dans et au delà du cadre d’une maîtrise de recherche, c’est l’objet de ce billet de début d’année.

 

Contexte

 

Alors que la faculté de médecine de l’université de Montréal a proposé en 2010 aux patients de questionner la formation des médecins (Flora, 2012, pp. 219-222 [4], 2015, pp. 403-411[5]), le modèle relationnel, issu de cette participation et de l’investissement à ce jour de plusieurs centaines de patients dans l’enseignement de cette université, a permit de constituer une connaissance assise sur de concepts sur lesquelles s’appuient des méthodologies opérationnelle, tant dans l’enseignement, au niveau du soin et des organisations de soins que de la recherche. Il s’agit d’un virage majeur pris à partir de cette faculté de médecine qui a aujourd’hui inscrit sur son fronton ce partenariat émergé de l’initiative osée en 2010.

IMG_2093

Surtout, au delà de cette porte ouverte aux patients, dans et à partir de la faculté de médecine, c’est une transformation systémique du système de santé qui est aujourd’hui proposée et en cours à partir de tandems ou d’équipes de partenaires, professionnels et patients[6] dans les soins, l’enseignement et la recherche à l’image des codirections mises en place à la direction collaboration partenariat patient (DCPP) de la faculté de médecine et du centre d’excellence du partenariat avec les patients et le public (CEPPP) mis en place par la première citée et le titulaire de la chaire Canadienne sur le partenariat avec les patients et le public.

 

La conception d’un enseignement académique accessible au plus grand nombre ?

 

Les développements de ce modèle de partenariat tant au Québec, que sur le Canada qu’’à l’international nécessite ainsi aujourd’hui de permettre une large diffusion de la connaissance acquise puisque les bases en sont stabilisées. Une connaissance comprise comme un « ensemble d’information inscrite dans une cohérence qui donne sens » qui se mue en savoir mobilisable compris comme « comme « co-(n)naissance » située, appropriée, le fruit d’un apprentissage, d’une expérience dont il est retenu un savoir être, un savoir faire, une stratégie consciente ou inconsciente », un savoir expérientiel partagé et complémentaire entre professionnels de la santé et patients.

C’est ainsi que le centre de pédagogie appliquée aux sciences de la santé (CPASS) de la faculté de médecine de l’université de Montréal a demandé à Philippe Karazivan (Karazivan et al, 2015)[7], codirecteur médecin, de la DCPP de concevoir une maîtrise de recherche (Master Européen) sur ces savoirs émergeant. Nous avons même obtenu, dans cet objectif, un budget de recherche des instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) en 2017 et c’est ainsi que cette année terminée a donné lieu à la conception de cette maîtrise qui peut se réaliser en ligne dans sa totalité.

 

Les fondements du partenariat patient

 

Au sein de ce cursus académique ont été conçus 45 heures d’enseignement, de possibilités d’apprentissages, grâce aux potentialités d’interactivités qu’offre aujourd’hui l’environnement numérique, un cours sur les fondements du partenariat patient organisé en 5 séminaires. Des séminaires asynchrones (en directe) traversés d’une petite douzaine de capsules autoportantes (permettant une autorégulation de l’étudiant), qui balaieront l’ensemble des questions qui ne manquent pas de se poser lorsque le partenariat de soin s’initie tant dans l’univers d’enseignement initial ou continu, que dans les milieux de soins dans leur diversité et le monde de la recherche.

Ce cours, encore en phase de réalisation durant l’hiver, est déjà sollicité comme option d’autres cursus universitaires comme par exemple la maitrise de recherche en éthique clinique de la faculté de médecine de cette même université, démontrant ainsi la nécessité de cette nouvelle formation sur la science du partenariat, ce que nous croyons être, avec les équipes de Montréal, un nouveau champ disciplinaire. Un paradoxe pur, une pratique dont l’essence est de se développer en deçà et au delà des silos de nos sociétés tout en les traversant.

L’ambition est toutefois plus large car il est question de rendre accessible ce cours en dehors du cursus académique dans lequel il est inséré pour le rendre disponible au plus grand nombre, pour des personnes qui n’auraient ni le temps, ni la possibilité de se lancer dans un type de formation académique.

 

Un réel défi à la hauteur du chemin parcouru

 

C’est donc un processus sur l’opérabilité qui a été questionné et poursuivi pour concevoir ce qui émerge car il est question de permettre à des publics si différents de transformer en Savoirs cette Connaissance. C’est une mise en œuvre s’adressant à des publics hétérogènes avec des niveaux de pratiques et d’éducation d’une grande variété et c’est ce que nous pensons réaliser actuellement et qu’il nous faudra vérifier. Évidemment, pour ce faire, nous avons questionné les nombreux dispositifs d’apprentissages déjà expérimentés en présentiel (dans des espaces où les parties prenantes, patients et professionnels de santé se sont rencontrés et ont fait ensemble) par nos équipes ces dernières années pour les dynamiser dans l’environnement digital.

 

La concrétisation d’une module utile à la vision que porte la culture du partenariat patient

 

Cette maîtrise voit le jour en 2018, mais elle avait en fait été envisagée dès 2012. Elle est donc le fruit d’une maturation dans le temps. En effet, dès 2012, commande avait été faite, à l’époque aux co-auteurs de la revue usagers- experts : la part de savoir des malades dans le système de santé (Jouet, Flora, 2010)[8], ce à quoi nous nous étions attelés avec le coauteur de la note de synthèse publiée à l’intérieur de ce numéro de Pratiques de formation : Analyse (Jouet, Flora, Las Vergnas, 2010)[9] et présentation avaient été faites d’un cursus complet à la faculté des sciences de l’éducation de l’université de Montréal en 2012 pour être organisé comme un cursus inter facultaire. Il était cependant à ce moment question  de donner accès à la découverte et à l’approfondissement de la nature des savoirs expérientiels des patients et aux implications et conséquences de la mobilisation de ces savoirs dans les systèmes de santé et auprès des acteurs qui s’y mobilisent.

Il est cependant évident qu’entre 2012 et 2017, les connaissances issues des développements générés par l’implantation de ce qui est devenu le modèle de Montréal après une présentation de nos travaux communiqués et travaillés en ateliers aux USA lors de la conférence Macy’s (Vanier, Dumez et al, 2014)[10] a vu ce qui devait constituer le corpus tant de la maîtrise que de la conception de ce cours en son sein fortement évoluer vers les éclairages qu’apportent pratiques et conceptuellement la complémentarité des savoirs de la maladie, portés par le corps médical et psychosociaux et les savoirs de la vie avec la maladie, portés par les patients et les proches.

 

Le futur

 

Les articulations entre la maîtrise et le cours sur les fondements du partenariat patient proposé comme option dans leur cursus ou comme un cours pouvant être réalisé indépendamment  au delà des cursus académiques classiques et l’école du partenariat avec les patients de le public du centre d’excellence (CEPPP), sous des formes de développements encore en gestation ne manqueront pas de proposer un réel continuum de formation, d’espaces d’apprentissages et d’évaluation des pratiques qui, selon nous[11], devraient permettre d’acquérir et de maintenir les clés de mise en œuvre dans un esprit de créativité préservant l’essence et l’esprit de ce qui se développe depuis 2010 par et avec une équipe innovante et attentionnée tel que ce modèle relationnel qui a été conçu le génère, afin que chaque citoyen, patient puisse être patient partenaire dès ses premières rencontres avec des professionnels de santé.

 

Conclusion

 

L’ère du soin ou des techniques de soin pour le patient laisse progressivement la place à une conception des soins avec le (s) patient (s) dans lequel celui-ci est un soignant pour ses propres soin, dans lequel il est membre à part entière de l’équipe de soin, mobilise et/ou développe ses compétences de soin, tant envers et pour lui-même qu’envers les autres êtres humains, professionnels de santé, patients et proches et cette innovation pédagogique compte y participer.

 

Notes et références bibliographique

[1] Boivin A., Flora L., Dumez V., L’Espérance A., Berkesse A., Gauvin F.-P. (2017).« Transformer la santé en partenariat avec les patients et le public : historique, approche et impacts du “modèle de Montréal”. In « La participation des patients » « vol. 2017, Collection « Ethique biomédicale et normes juridiques », Paris : Editions Dalloz, pp. 11-24

[2] Benattar J.-M., Flora L. (2016). « En quoi un espace d’apprentissage citoyen autour de la médecine et de la culture peut-il transformer les usages et les représentations des professionnels de la santé ? « , colloque) sur « Les savoirs d’expérience en santé : Fondements épistémologique et enjeux identitaires« , Université de Lorraine, Metz, Le 24 novembre.

[3] Flora L., Benattar J.-M., Scheffer P. (2017). « Le mouvement bottom up prendrait-il une place sur les démarches top down dans les formations aux professions de la santé ? Où comment enrichir le mouvement de démocratie en santé». Colloque national du Collège des Humanités médicales 2017 (CoSHSeM) », Faculté de médecine, Université de Strasbourg, 22-24 juin 2017.

[4] Flora L. (2012), Le patient formateur : élaboration théorique et pratique d’un nouveau métier de la santé, Thèse de doctorat en sciences sociales, spécialité sciences de l’éducation, Université Vincennes – Saint Denis Paris 8, Campus Condorcet.

[5] Flora L. (2015), Le patient formateur : nouveau métier de la santé ? Comment les savoirs expérientiels de l’ensemble des acteurs de santé peuvent relever les défis de nos systèmes de santé, Presses Académiques Francophones, Sarrebruck, Allemagne.

[6] Les proches sont inclus dans le modèle de Montréal aux patients lorsqu’ils ont acquis des savoirs expérientiels significatifs et sont susceptibles de les mobiliser pour les socialiser

[7] Karazivan P., Dumez V., Flora L., Pomey M.-P., Del Grande C., Guadiri S., Fernandez N., Jouet E., Las Vergnas O., Lebel P. (2015), « The Patient as Partner in Care : Conceptual Grounds for a Necessary Transition », Academic Medicine, April 2015 – Volume 90 – N° 4 – pp.437–441.

[8] Jouet E., Flora L. (coord.) (2009-2010), Usagers-Experts : la part du savoir des malades dans le système de santé, N°58/59, Pratiques de formation : Analyses, Université Paris 8

[9] Jouet E., Flora L., Las Vergnas 0. (2010). « Construction et Reconnaissance des savoirs expérientiels des patients ». Note de synthèse du N°, Pratique de formation : Analyses, N°58/59, Saint Denis, Université Paris 8, pp. 13-94.

[10] Vanier MC, Dumez V, Drouin E, Brault I, MacDonald SA, Boucher A, Fernandez N, Levert MJ et al. Partners in Interprofessional Education: Integrating Patients-as-Trainers. Dans: Fulmer, T & Gaines, M. Partnering with Patients, Families, and Communities to Link Interprofessional Practice and Education. Proceedings of a conference sponsored by the Josiah Macy Jr. Foundation in April 2014; New York: Josiah Macy Jr. Foundation; 2014, pp 73-84

[11] Le nous signifie les équipes de la DCPP et du CEPPP

De l’esprit critique dans l’enseignement de la médecine concernant l’influence des laboratoires pharmaceutiques

Fin avril s’est tenu, dans les locaux de la revue Prescrire, une journée de réflexion, à l’initiative du FORMINDEP, une journée d’échange sur la formation à l’esprit critique des étudiants en médecine en France. Ce billet a pour objet de relater ce que j’y ai personnellement vécu et quelles sont les réflexions que cette journée m’a inspiré (Voir également sur le sujet l’émission état de santé sur la chaine parlementaire).

 

CONTEXTE

Cette journée étant organisée avec un doctorant menant sa recherche sur le sujet dans le laboratoire EXPERICE dans lequel j’ai moi-même réalisé ma thèse, j’ai été identifié comme un des deux grands témoins. L’idée était de répartir ce rôle entre un patient, qu’en tant que patient chercheur assumé j’ai accepté, et un médecin, Jean Jouquan, médecin interniste au Centre-Hospitalo-Universitaire de Brest et directeur de la revue Pédagogie médicale. J’étais invité du fait de mon expérience dans la transformation de l’enseignement de la médecine à la faculté de médecine de l’Université de Montréal au Québec et c’est donc en participant attentif que j’ai assisté, avant de prendre la parole, à cette journée.

 

LES PARTICIPANTS

Une soixantaine de participants étaient présents, parmi eux figuraient des étudiants dont des représentants de l’ Association Nationale des Etudiants en Médecine de France (ANEMF), de l’InterSyndicale Nationale Autonome Représentative des Internes de Médecine Générale (ISNAR-IMG), de l’InterSyndical National des Internes en médecine (ISNI), de la Troupe du Rire, le Syndicat National des Jeunes Médecins Généralistes (SNJMG), le Syndicat des Médecins Généralistes (SMG), plusieurs enseignants et maîtres de stage universitaires de plusieurs facultés françaises, des médecins, parmi lesquels Irène Frachon et pharmaciens, des chercheurs en sciences humaines et sociales (historiens, anthropologues comme par exemple Sylvie Fainzang, sociologues, etc.), des spécialistes en pédagogie médicale, une association de patients, la Société de Formation Thérapeutique du Généraliste (SFTG), des associations (Prescrire, FORMINDEP), une attachée sénatoriale, quelques médecins venus de plusieurs régions de France et plusieurs étudiants en médecine d’autres pays Européens intéressés par la démarche en tant que représentants ou membres d’associations d’étudiants de facultés de médecine. Cette diversité, peu nombreuse mais significative par ce qu’elle réunit de groupes constitués a contribué à enrichir la réflexion par les échanges et signifier, selon moi de l’intérêt du sujet tant dans la société française qu’au niveau Européen.

 

LE PROGRAMME

Après avoir accueilli les participants, la journée à commencé par un état des lieux de ce qui existe dans la formation initiale en matière de travail de réflexion ou autre vis à vis de l’indépendance.

Cet état des lieux a été suivi de la présentation de la campagne Just Medicine états-unienne et des initiatives étudiantes en France suivie d’une table ronde avec Paul Scheffer, mon collègue du laboratoire interuniversitaire EXPERICE, un membre de l’ANEMF, une membre de la Troupe du Rire, une membre du SNJMG et un médecin généraliste, auteur d’une thèse en médecine sur l’impact de la visite médicale sur les prescriptions.

La dernière partie de la matinée était consacrée à quelques initiatives pédagogiques actuellement en cours en France dans : la faculté de médecine de Strasbourg, la faculté de médecine Claude Bernard de Lyon, la faculté de médecine de Rennes et celle d’une médecin maitre de stage de médecine générale en Ile de France.  Cette demi journée s’est donc conclue sur ce que m’ont suscité les propos et contenus présentés, conclusion subjective comme elle avait été présentée dans le programme.

L’après midi a (elle) démarré, après un déjeuner en commun riche de nombreux échanges, à l’utilisation et la place que pourrait prendre en France le manuel d’enseignement Comprendre et répondre à la promotion de l’industrie pharmaceutique et y répondre de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), un manuel traduit par une employée de la Haute Autorité de Santé (HAS), puis de la question  » Dans quelle mesure le programme d’enseignement proposé par l’AMSA, Just Medicine Curriculum, peut servir de document de référence pour développer la formation à l’indépendance en France? ».

La seconde partie de l’après midi a ensuite donné lieu à une table ronde ouverte à l’ensemble des participants sur « les développements possible de la formation à l’indépendance en médecine ? » avant que Jean Jouquan, ancien vice-doyen aux études médicales de l’Université de Brest, ne conclut par une réflexion sur la journée et les pistes possibles dans la manière de s’y prendre pour réorganiser la formation des médecins et les écueils à éviter.

 

TEMOIGNAGE

J’ai commencé, en respect de la consigne des initiateurs de la journée, a décliné mes liens sans conflit d’intérêt avec les laboratoires pharmaceutiques, soulignant que nous devrions d’une part, y adjoindre aujourd’hui également déclarés les liens avec l’industrie du digital qui en 2014 en France a généré 2,7 milliards d’€uros. J’ai également souligné, d’autre part,  la difficulté tant pour les médecins que pour les patients engagés dans le cadre d’associations d’usagers de ne pas être directement ou indirectement (1) en lien, sinon en conflit d’intérêt, avec les financements des laboratoires pharmaceutiques dans le système actuel, raison pour laquelle des actions, comme celle présentée, étaient pertinente.

J’ai ensuite commencé ma réflexion sur la difficulté à appliquer à soi-même motivé par le sujet, cette vigilance en constatant que les 13 des 20 interventions de la matinée n’aient pas automatiquement déclaré leurs liens d’intérêt. Au vu des interventions tant dans les tables rondes que parmi les participants, en avançant que ce sont les jeunes médecins qui sont susceptibles d’être les agents de changement du système pour peu qu’une formation à la réflexivité soit mise en œuvre, signifiant que mettre les étudiants aux professions de santé comme agents de changement est en tous les cas le pari fait à la faculté de médecine de l’université de Montréal, au Québec.

J’ai  prolongé mon propos en suggérant que l’approche systémique et la mutualisation m’apparaissaient nécessaires pour réellement basculer dans un usage et des comportements différents. J’ai rappelé la réflexion de Sylvie Fainzang (2001 (2), 2006 (3), 2012 (4)) dans la matinée mettant en perspective que les étudiants mobilisés dans les dispositifs innovant exposés durant la matinée sensibilisaient des étudiants déjà sensibilisés puisque ces enseignements étaient optionnels.

J’ai ainsi proposé sur la base de mon expérience que des dispositifs de maintien de pratiques réflexives devraient cependant être pour créer les conditions favorables à répandre une nouvelle culture, évoquant à cet effet l’initiative de la Maison de la Médecine et de la Culture de Nice qui avait organisé une journée sur la réflexion critique en médecine en avril 2014 à partir du film « Knock ». Les interventions de Roland Gori, psychanalyste, ayant écrit avec Marie-José Del Volgo « La santé totalitaire » (5), un essai sur la médicalisation de l’existence et celle d’Irène Frachon, ayant écrit « mediator 150 mg, combien de morts » (6)  avait suivi la projection du film en introduction d’un débat avec le public dont  Jean-Michel Benattar (7) avait déjà en conclusion souligné la valeur du livret de la troupe du rire à avoir dans la poche de la blouse des étudiants en médecine et des médecins hospitaliers.Un groupe, la troupe du rire dont j’ai tenu a féliciter l’initiative pour leur petit carnet pouvant être glissé dans une poche a reçu en 2015 le prix de la revue prescrire).

J’ai souligné que j’étais un chercheur impliqué, mais un chercheur distancié, réflexif, et qu’en tant que tel, je considérais que dans le renouvellement de la relation médecin/patient, dans la relation professionnels de santé /patient dans le cadre de l’approche interdisciplinaire rendue nécessaire pour les malades chroniques et les personnes dépendantes, il est important d’éveiller des deux côtés de la relation car nombre d’usages sont aujourd’hui dans l’impensé.

J’ai conclu sur le fait que le petit nombre de participants présents, mais très impliqué socialement dans différents groupes d’influence me faisait penser aux écrits de Serge Moscovici (1979)(8), ce psychosociologue français, qui écrivait que les déviants d’une société, parce que pratiquant des usages encore bien souvent inhabituels, mais également moteurs d’innovation initiaient souvent les usages de demain, comme une vision positive de ce qui se passait en cette journée, avant de finir la matinée sur une question ouverte : Le jeu de transparence/opacité participe-t-il à la neutralisation des actions visant à contrer les actions telles que celle promue aujourd’hui ?

ANALYSE GÉNÉRALE EN CONCLUSION

Un engagement fort des étudiants est une excellente nouvelle, tant au niveau de l’implication forte des étudiants présents et de la présence à travers eux de nombre de collectifs (la troupe du Rire, l’ANEMF, ISNAR-IMG…). Ces étudiants ont revendiqué une pédagogie innovante, s’appuyant notamment sur les mouvements d’éducation populaire.

Il a été fait état d’une réelle crise pédagogique et  tous les intervenants ont souligné la nécessité d’adapter les méthodes pédagogiques pour former à l’indépendance, comme le souligne d’ailleurs les doyens de faculté de médecine depuis maintenant plusieurs décennies sans avoir trouvé apparemment le processus qui permettrait d’en sortir. Ainsi, il a été souligné que dans l’enseignement facultaire, l’organisation des études basée sur la sélection par concours apparait être un frein important à la mobilisation d’un esprit critique chez les étudiants.

Des modifications systémiques sont à mettre en place par une action auprès des doyens et du ministère. À ce titre durant la journée est arrivé un message du président de la conférence des doyens a été lu à l’assistance, ce courriel adressé pour l’occasion au sujet d’un appel à plus de transparence dans l’expertise et plus de financement public de l’université. Il est également souhaitable, voire indispensable, d’impliquer dans l’enseignement actuel les étudiants, des patients, des enseignants de Sciences Humaines et Sociales (SHS), comme il apparait nécessaire de développer des méthodes pédagogiques réflexives et actives. Il a également été dit que les interventions les plus efficaces sont les interactions avec les maîtres de stage en situation de soin, ce qui pose le problème de la formation des maîtres de stage et plus largement de la gestion de l’indépendance dans les terrains de stage (hospitaliers et ambulatoires). À ce titre, à la faculté de médecine de l’université de Montréal a été créé un centre de pédagogie appliqué aux sciences de la santé (CPASS) et des dispositifs pédagogiques que j’ai coconstruit avec le bureau de l’éthique clinique permettant de faire émerger de nouvelles vocations et de préparer les futurs enseignants.

Notes et références bibliographiques

(1). La plupart des associations d’usagers ont, en partie de la faiblesse des soutiens de l’état et des collectivités un plus ou moins grande partie de leur financement provenant des laboratoires pharmaceutiques.

(2). Fainzang S. (2001), Médicaments et société. Le patient, le médecin et l’ordonnance, Paris, PUF.

(3). Fainzang S. (2006), La Relation médecins/malades : information et mensonge, Paris, PUF.

(4). Fainzang S. (2006), L’automédication ou le mirage de l’autonomie, Paris, PUF.

(5). Gori R., Del Volgo M.-J. (2005), La santé totalitaire, Paris: DeNoël.

(6). Jean-Michel Benattar est l’initiateur de la Maison de la Médecine et de la Culture avec qui j’œuvre à une « UniverCité » du soin, une école citoyenne du prendre soin transversale qui a pour but d’enseigner et de répandre la culture et les pratiques du prendre soin à l’Université et dans la Cité dans tous les lieux d’apprentissage et de pratique des soins, y compris sur le web avec la participation de tandems médecins/patients à l’image de ce qui a été développé dans le modèle de Montréal.

(7). Frachon I. (2010), Médiator, combien de morts, Brest : éditions Dialogues,

(8). Moscovici S. (1979), Psychologie des minorités actives, (1ère édition, 1976, à Londres : academic press), Paris : PUF.

À lire sur le sujet l’ouvrage dirigé par Paul Scheffer déjà présenté dans un article de ce blog : Scheffer P. (Coord.), Les métiers de la santé face aux industries pharmaceutique, agroalimentaire et chimique : quelles formations critiques ?, Paris, L’Harmattan.

En savoir +, en réaction à ce billet et à cette action

L’association Médecine, Communication et Services (MCS) s’est depuis la publication de cet article manifesté pour communiquer sur le sujet le 25 mai 2016.

Voici ce qu’elle a exprimé

 » L’association Médecine, Communication et Services (MCS)n’a pas pu participer à cette journée mais nous accompagnons la démarche du Formindep et nous avons édité dans ce sens un site présentant les structures médicales qui ont fait dès leur création le choix de l’indépendance : https://www.smore.com/ete4j-medecins-et-labos-pharmaceutiques?ref=my »

L’émission état de santé sur la chaine parlementaire.

Formation des professionnels de la santé et des patients face aux conflits d’intérêt, quelles pistes?

L’influence des grandes compagnies et des industries pèse aujourd’hui plus qu’hier sur le quotidien des citoyens dans nos sociétés. Pourtant elles sont des acteurs incontournables et nécessaires à la complexité de nos sociétés dites de la connaissance.

Plus particulièrement dans le domaine de la santé, les industries pharmaceutique et agroalimentaire ont un impact indéniable avec une notion de bénéfice risque dont il reste parfois à se demander pour qui elle est pensée, organisée.

Il n’y a qu’a lire les informations grand public régulièrement pour noter les questionnements qui se posent (L’affaire du Motilium® mise à jour par la revue Prescrire dernièrement, l’affaire Servier  portée par Irène Frachon autour du médiator ® en caisse de résonance de nombreux patients, ou encore de consulter les derniers éclairages sur les conflits d’intérêt des responsables d’agences du médicament publiés dans les quotidien cette année ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres).

Les connaissances et les décisions affectant le champ de la santé, en privilégiant des intérêts financiers (particuliers) face à ceux des patients et des consommateurs (qui relèveraient de l’intérêt général) apparaissent très régulièrement sans avoir besoin de consulter une presse spécialisée ou d’ouvrir le spectre des rapports de recherche. Des lectures scientifiques qui d’ailleurs sont souvent d’une transparence déconcertante sans que cela n’influe sur des transformations ou questionnent les pratiques sociales dans ce domaine.

Le système de santé français connait comme d’autres des problèmes récurrents entraînant d’importantes conséquences humaines et financières qui pourraient être en fait largement évitées.

Si nous nous questionnons par exemple sur la formation des professionnels de la santé. C’est elle influencera leurs pratiques comme l’exercice des professionnels en activité est sensée le faire déjà, nombres de zones sombres ou grises apparaissent. Je m’intéresse depuis des années à la formation dans les facultés de médecine comme à la formation continue sous l’angle de l’éducation thérapeutique du patient, en tant que patient formateur et patient chercheur en France et ailleurs, je suis très sensible à ce sujet.

C’est la raison pour laquelle j’ai rejoins, à la demande d’un collègue du laboratoire de recherche en sciences de l’éducation tout au long de la vie (EXPERICE Axe C, Paris 8), Paul Scheffer, un groupe d’auteurs pour questionner ces aspects. Est-ce que les professionnels de santé sont préparés à faire face à ces pressions et dysfonctionnements au cours de leurs formations initiale et continue et en quoi? Comment sont organisées leurs formations ( ce qui est une obligation dans ces professions).

Dans ce contexte général, certains diront global, comment le particulier peut-il exprimer sa singularité? Quels sont les contre-pouvoirs existants dans le champ de la santé donnant la possibilité aux individus porteurs de ces valeurs de se réunir et d’opérer des changements professionnels et institutionnels favorables aux intérêts des patients ? À chacun de nous donc si nous nous référons à Martin Winckler (2003) (1) car comme il l’écrit si bien, au final, « nous sommes tous des patients« .

Voici donc notre tentative de réponse à cette problématique et à ces questionnements sous la forme d’un ouvrage collectif qui réunit les contributions de professionnels de santé et étudiants, de patients, chercheurs, journalistes et membres d’associations citoyennes pour apporter quelques éléments de réponse, avec réussite?

Img_Livre_EspritCritiqueSante

Les métiers de la santé face aux industries pharmaceutique, agroalimentaire et chimique : Quelles formations critiques?

Sous la direction de Paul Scheffer

(1) Winckler M. (2003), Nous sommes tous des patients, Paris, Stock