Un an après son lancement, le DU de l’Art du Soin primé par le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche !

En janvier 2018, commençait la première session d’une formation à l’Art du Soin en Partenariat avec le Patient à la faculté de médecine de l’Université Nice Sophia Antipolis. Les étudiants étaient constitués de professionnels en exercice libéral comme en secteur hospitalier, d’étudiants en médecine allant de la seconde à la sixième année, de patients et de proches. Ils faisaient état lors de soutenances du fruit de leur transformation dans l’exercice de la médecine, du soin et de la santé en juin à l’équipe pédagogique multidisciplinaire composée également d’un patient et d’un citoyen. Et dès le mois de juillet, cette équipe pédagogique apprenait que la formation était primée comme une innovation pédagogique de l’enseignement supérieur dans la catégorie « formation tout au long de la vie » par le ministère français de l’enseignement supérieur et de la recherche. C’est ce dont traite ce billet publié en cette fin de mois de novembre 2018.

L’évènement de remise de prix

Le 20 novembre dernier, à la cité des sciences et de l’industrie de Paris était donnée une conférence de remise des prix de l’innovation pédagogique de l’enseignement supérieur sous le titre de prix PEPS 2018. PEPS est un des nombreux acronymes qui surgissent dans les institutions françaises pour désigner dans ce cas la formule  « Passion Enseignement et Pédagogie dans le Supérieur « .

Qu’est ce que ce prix

C’est une initiative du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation qui a mis en place depuis 3 ans ce prix décerné annuellement à quelques équipes autour de 4 prix afin de valoriser l’engagement des enseignants, des chercheurs, des équipes pédagogiques, des équipes d’appui des étudiants dans la transformation des pratiques de formation dans les établissements d’enseignement supérieur français. Ce Prix est destiné à reconnaître la qualité de l’enseignement, à promouvoir le développement de modalités pédagogiques innovantes et à les valoriser au sein de la communauté de l’enseignement supérieur. Les prix définissent donc 4 catégories déclinées comme tel :

  • Innovation pédagogique;
  • Soutien à la pédagogie
  • Formation tout au long de la vie
  • Recherche en pédagogie

Des catégories auxquelles ont été ajoutées en 2018 un prix spécial du jury et des certificats d’excellence.

Quelle est la formation innovante qui a été primée?

Cette formation dont les traits ont déjà été décrits sur ce blog ces deux dernières années, de sa conception à sa mise en œuvre, au sein d’un dispositif global que nous avons, avec les personnes impliquées, appelé l’UniverCité du Soin. Cette approche propose la projection d’œuvres cinématographiques questionnant des enjeux de santé permettant le décentrement, l’apparition d’émotions, le surgissement de situations vécues par les individus. L’étudiant et le groupe vont pouvoir alors revisiter l’expérience dans la perspective de l’Art du Soin. Une perspective qui se coconstruit au fil des sessions entre les participants, étudiants et enseignants. Ces choix permettent donc de développer de la réflexivité, de questionner ses propres représentations, comportements et de conscientiser les enjeux intersubjectifs et relationnels de ses situations et plus largement de l’Art du Soin qui en découle.

Nous utilisons pour cela l’Art à observer, l’art de l’écriture en lien avec la médecine narrative (Charon, 2006)[1], à partir de laquelle régulièrement nous organisons des mises en situation (ce qui s’appelle malencontreusement dans les facultés de médecine en France « simulation »[2]). Ce que le psychologue de notre équipe pédagogique a donc nommé « la narration simulée ».

C’est ce processus innovant qui permet une transformation des identités ( tant professionnelle que sociale et personnelle) et des pratiques vers un Art du soin dont, à notre sens, le système de santé et leurs acteurs ont aujourd’hui besoin pour rééquilibrer l’exercice de la médecine et des pratiques de soin dans un univers toujours plus technicisé dans l’éventail des soins proposés et de leur administration comme des systèmes de gestion d’un système que je juge à bout de souffle comme de nombreux professionnels l’ont décrit ces dernières années (ANMEF, 2013[3]; Revah-Levy, Verneuil, 2016[4]; Auslender , 2017[5] ; Halimi, Marescaux, 2018[6]).

La communication de l’équipe pédagogique à la remise du prix

C’est donc ce qui a été présenté et explicité lors du clip audiovisuel d’annonce du prix décerné [7] et lors des quelques mots exprimés par David Darmon, responsable institutionnel de la faculté de médecine de cette formation conçue par un collectif citoyen introduit dans la faculté de médecine. Des membres de la maison de la médecine et de la culture (MMC), cofondateurs de l’UniverCité du Soin (La Stradda, 2018, N° 296) dont cette formation académique ouvre largement les portes aux citoyens instituant une démarche dite bottom-up [8].

À cette occasion, David Darmon et les membres présents de l’équipe pédagogique, Jean-Michel Benattar et moi-même, ont invité le ministère a peser de son leadership pour accompagner la constitution et l’ouverture, dont cette formation est la première pierre dans une faculté de médecine, d’un « bureau de l’innovation du partenariat avec les patients ».

L’ambition en conclusion

Une entité qui ouvrirait à des transformations et ajustements plus importantes que ce premier pas qu’est ce Diplôme Universitaire pour relever les défis du système de santé.

Une mutation qui s’organiserait dès les premières années de formation des professionnels de santé de demain, tout en accompagnant par la formation tout au long de la vie, professionnels en exercice, patients, proches et citoyens. Une initiative pouvant bénéficier de ce qui a été initié depuis le début de cette décennie au Canada (Boivin et al, 2017) [9], à partir de l’Université de Montréal (Pomey et al, 2015)[10], avec des français qui ont participé à cette innovation (Karavizan et al, 2015) [11] et qui sont prêts à accompagner le changement en France à partir du leadership d’un membre de l’équipe pédagogique primé. Serait-ce le second bureau de la sorte ouvert au monde après celui de Montréal ? Sera-t-il le premier bureau de la sorte, avec des patients, en Europe ?… Les prochains mois nous le révèlerons !

NOTES ET BIBLIOGRAPHIE

[1] Charon R. (2015), Médecine narrative : Rendre hommage aux histoires de maladies, (Traduit de l’ouvrage anglais publié à Oxford University press en 2006), Paris: Sipayat.

[2] En effet l’étymologie du terme « simulation » ramène à la notion de « feindre ». Et feindre, dans le cas du soin, particulièrement avec des personnes en vulnérabilité pose problème selon moi car d’une part elle galvaude une authenticité importante à l’instauration d’un lien de confiance et enferme le simulateur dans une forteresse, (qui) finit par l’(e) enfermer en lui-même eux mêmes et/ou dans un entre soi, et d’autre part empêche la proximité nécessaire aux notions si chères à ma propre pratique de l’éthique du Care (qui peut être résumé à 1. l’attention à, 2. réponse à la nécessité de la demande perçue lors de l’écoute ; 2. don du soin (et non prendre soin et j’y reviendrais dans un autre billet, et enfin 4. capacité à l’attention de la capacité ou l’envie de l’individu recevant le don du soin à l’accueillir, l’accepter). Or que l’on simule avec des mannequins passe encore mais avec des être humains paraît plus problématique.

[3] ANEMF (2013). Conditions de travail et de formation des étudiants en médecine. Chiffres & Ressentis. Association Nationale des étudiants de médecine de France.

[4] Revah-Levy A, Verneuil L. (2016). Docteur, écoutez !: Pour soigner il faut écouter. Paris : Albin Michel.

[5] Auslender V. (2017). Omerta à l’hôpital. Le livre noir des maltraitances faites aux étudiants en santé. Paris : Michallon.

[6] Halimi P., Marescaux C. (2018). Hôpitaux en détresse, patients en danger. Arrêtez le massacre ! Paris : Flammarion.

[7] Un lien vers le film sera ajouté dès que le film sera accessible dès que le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche l’aura mis en linge sur Internet

[8] La notion de bottom-up, souvent associé à celle de top-down définir des modalités de fonctionnement, le premier terme correspond à un mouvement ascendant alors que le second est descendant. L’approche dite ascendante, ou approche bottom-up (« de bas en haut » en français), se caractérise par une suite de processus qui apportent chacun une partie fondamentale de l’édifice qu’elle cherche à produire, à partir d’éléments de base.

[9] Boivin A., Flora L., Dumez V., L’Espérance A., Berkesse A., Gauvin F.-P. (2017). «Transformer la santé en partenariat avec les patients et le public : historique, approche et impacts du “modèle de Montréal”. In « La participation des patients ». Vol. 2017. Paris : Editions Dalloz, pp. 11-24.

[10] Pomey M.-P., Flora L., Karazivan P., Dumez V., Lebel P., Vanier M.-C., Débarge B., Clavel N., Jouet E. (2015), « Le « Montreal model » : enjeux du partenariat relationnel entre patients et professionnels de santé », Santé publique, HS, 2015/S1, pp.41-50.

[11] Karazivan P., Dumez V., Flora L., Pomey M.-P., Del Grande C., Guadiri S., Fernandez N., Jouet E., Las Vergnas O., Lebel P. (2015), « The Patient as Partner in Care : Conceptual Grounds for a Necessary Transition », Academic Medicine, April 2015 – Vol. 90 – n° 4, 437–441.

Les patients peuvent aujourd’hui innover dans le domaine du digital

Dans le prolongement de plusieurs articles publiés depuis le début de l’automne, ce billet éclaire un dispositif innovant qui donne l’occasion à tout acteur de santé, de créer un instrument, une « appli » mobile, un logiciel ou site Internet ou tout autre dispositif innovant avec l’aide de passionnés de cet univers en gestation.

L’association New-Health (1) est composée de jeunes spécialistes de l’univers digital qui se sont organisés en association indépendante avec l’ambition d’accompagner l’émergence d’innovation en santé, ce qui passe aujourd’hui par le digital.

Le processus d’élaboration

Pour cela il propose un environnement favorable de rencontre, d’échange et de développement d’innovation jusque l’implantation de la production ou la co-production d’innovation dans le domaine de la santé. Les créations au travers d’ateliers s’élaborent sur la base d’un travail collaboratif de type « Bottom-Up« . Il est proposé une approche transversale ou multidisciplinaire qui permet d’appréhender la complexité, décrite par Edgar Morin (1997) (2), et de concevoir à partir de cette réalité.

Les créations initiés lors des ateliers sont et restent la propriété des collaborateurs faisant émerger l’innovation. Les équipes, une fois l’initiative lancée avec le soutien de membres de l’association, sont invités à peaufiner leur projet et de préparer une présentation de celle-ci jusqu’au moment de rencontre lors d’un évènement intitulé challenge. Lors de cet évènement, il présenteront, parmi ceux qui ont élaboré des projets dans les divers cafés santé de l’année, leur création devant un jury. Les lauréats pourront réaliser concrètement leur innovation. Ils pourront passer de l’étape de projet à la réalisation de l’innovation quelque soit sa forme digitale avec l’aide logistique d’équipes permettant la concrétisation et de fonds économiques issus du fond de l’innovation nouvellement créé par le ministère de l’économie, et ce, jusqu’à sa sociabilisation, jusque son implantation sur dans la vie réelle pour l’amélioration du système de santé et de la qualité de vie.

L’analyse

J’ai expérimenté le dispositif en participant à l’ un des ces cafés à thème. Arrivé avec curiosité, J’en suis reparti enthousiaste vis à vis de cette initiative. Je reste cependant perplexe car dans cet espace ouvert à la créativité, j’étais et je suis resté le seul patient. J’ai échangé avec l’équipe et ils m’ont confirmé qu’effectivement, à ce jour, ils avaient surtout accompagné des professionnels de la santé. Ils m’ont également expliqué que lors du prochain évènement fin novembre, l’organisation du prochain café santé sur la greffe était organisé avec une association d’usagers, Renaloo.

Cette association est  constituée de personnes vivant avec une insuffisance rénale. Les membres de New-Health m’ont dit que les personnes inscrites à ce jour était majoritairement de patients.

L’ association Renaloo est l’une des associations les plus dynamiques également vis à vis de cet environnement digital avec une réelle stratégie car elle est elle même l’émanation de la création d’un blog réalisée par sa directrice.

Je ne peux, en tant que patient que faire savoir et encourager les patients, individuellement comme collectivement, dans le cadre d’associations formelles ou non, à investir ce type d’espace de création afin de participer à la création de l’univers dans lequel il sont amenés à évoluer sur la durée, que ce soit dans les sites institutionnels ou dans leur espaces de vie, quotidien ou non, dans le « vivre avec ».

Évidemment la réponse à ce manque de présence tient aux représentations générales  concernant la santé. Les porteurs de solutions dans ce domaine et sur l’organisation du système de santé. Sans mauvaises intentions, ils n’ont pas pensé sur leur site Internet, organisé par entrée de publics spécifiques, à proposer une entrée patient. Encore un effet de l’approche centrée sur le patient telle qu’elle s’organise dans les faits et la pratique. C’est, selon moi, ce qui a participé à attirer si peu de patients jusqu’ici dans les cafés/Ateliers, l' »habitus » (Bourdieu, 1967(3)) de se conformer à la place que la société nous propose.

un autre limite temporaire du dispositif réside dans le fait que l’équipe constituée pour accompagner ce processus est pour le moment géographiquement situé en Ile de France, et donc sous sa forme actuelle, tous les patients sur le territoire ne pourront pas encore en bénéficier. Les membre de New-Health visent cependant 5 autres grandes villes françaises, mais les neurones et synapses à mettre en effervescences ne sont pas encore identifiés. Je vais personnellement, au delà de l’engagement formalisé au travers de cet article, porter cette initiative, en communiquant dès la semaine prochaine sur cette association et le processus proposé dès la semaine prochaine au Québec, à Montréal, mais également en décembre en France, à Nice, lors de l’après midi de conférence débat organisée avec l’association médecine et culture.

Conclusion

Cet espace d’innovation propose un écosystème complet permettant de participer au développement de la e-santé de demain. C’est  dans le cadre d’un environnement favorable au développement de créations réalisées par les acteurs de la santé eux-mêmes, dont il reste propriétaire (Donc également libre de le rendre accessible gratuitement à tous) avec le soutien de designer et d’informaticiens.  Inspiré des Hakathons (4) , organisés pour concrétiser des réalisations dans une approche transdisciplinaire qui seule est susceptible d’appréhender la complexité.

L’univers de la santé s’organise de plus en plus avec la présence des usagers, sinon des patients et des proches. C’est un espace qui leur permet de s’inviter dans ce qui se fait pour et pour que cela se fasse par eux ou avec eux. Une collaboration dans l’esprit de ce que j’ai participé à développer au Québec est possible (Flora, 2015 a) (5). Le partenariat de soins et du prendre soin, dans le quotidien donc également au delà, mais pas nécessairement dans l’ombre de ce partenariat dans lequel les interdépendances apparaissent comme une réalité (Flora, 2012 (6); 2015 b (7)).

À l’heure où un collectif de patients et proches inaugure une première mondiale, au travers du lancement d’une industrie pharmaceutique initiée par une association d’usagers, en utilisant les mêmes recettes que l’industrie pharmaceutique privée du point de vue économique, l’association de financement propres associés à des subventions,  l’univers du digital offre la possibilité aux patients, au proches, seuls ou collectivement de créer l’univers qui les concernent.

Notes et références bibliographiques

(1) New-Health s’appelait à son origine What-Health

(2) Morin E. (1977), La méthode 1, La nature de la nature, Paris, Le Seuil.

(3) « Postface » in E. Panofsky, Architecture gothique et pensée scolastique (trad. P. Bourdieu), Paris, Éditions de Minuit, 1967.

(4) Hackathon : Un hackathon est un événement où des développeurs se réunissent pour faire de la programmation informatique collaborative, sur plusieurs jours. 

(4) Flora L. (2015), Un référentiel de compétences de patient : pourquoi faire ? Du savoir expérientiel des malades à un référentiel de compétences intégré : l’exemple du modèle de Montréal, Presses Académiques Francophones, Sarrebruck, Allemagne.

(4) Flora L.  (2012).   Le patient formateur : élaboration théorique et pratique d’un nouveau métier de la santé, Thèse de doctorat de sciences sociales, spécialité « Sciences de l’éducation », Université Vincennes Saint Denis – Paris 8, campus Condorcet, p. 269,  p. 335, p. 369

(5) Flora L. (2015), Le patient formateur : nouveau métier de la santé ? Comment les savoirs expérientiels de l’ensemble des acteurs de santé peuvent relever les défis de nos systèmes de santé, Presses Académiques Francophones, Sarrebruck, Allemagne, p. 481, p. 592, pp..651-652.,

L’habitus selon Bourdieu : https://sociologie.revues.org/1200