Participation des patients à l’enseignement médical : Acculturation, organisation et réorganisation

Ce billet traite des nouveaux usages dans une faculté de médecine ayant ouvert ses portes aux patients en tant qu’acteurs, co-auteurs de la formation des professionnels de santé amenés à jouer un rôle prépondérant dans le système de santé des années à venir.

 

Contexte

 

Initié à l’automne 2010 grâce à l’ouverture d’un bureau facultaire patient partenaire à la faculté de médecine de l’université de Montréal, un groupe de patient fédéré par Vincent Dumez, lui-même patient, s’est constitué à la faculté de médecine, une première expérience mondiale. Ce groupe de patients, après participation à l’ensemble des comités pédagogiques, grâce au leadership sans faille du doyen, le professeur Jean Rouleau, et dans le cadre d’échanges avec les différents médecins en responsabilités pédagogique et de quelques étudiants en médecine ont permis l’émergence d’un nouveau modèle relationnel poussant un peu plus loin que le modèle en vigueur en Amérique du nord, l’approche centrée sur le patient.

 

Un processus d’acculturation en œuvre

 

Ayant accompagné ces nouvelles pratiques depuis l’origine, et n’ayant plus navigué dans les différents couloirs de la faculté de médecine depuis l’été 2015, alors que l’enseignement médical avec les patients s’est progressivement organisé tout au long du cursus de médecine dans cette faculté de médecine et plus largement également auprès de 14 professions de sciences de la santé et du travail social au cours des 3 premières années de ces formations respectives, j’ai été interpellé par l’imprégnation de ce nouveau modèle au sein même de l’institution. En effet, en 2015, le seul lieu dans lequel étaient explicitées des manifestations du partenariat patient, se situait au centre de pédagogie appliquée aux sciences de la santé (CPASS), là-même où se trouvent les bureaux de la direction collaboration partenariat patient (DCPP), héritière depuis 2013 du bureau facultaire de l’expertise patient partenaire. Je me remémore encore la rentrée académique 2014 durant laquelle, juste en face du CPASS étaient distribués gratuitement aux étudiants des ouvrages sur l’approche centrée . Or, à l’automne 2017, en se promenant dans les couloirs de la faculté de médecine, il est possible de constater, d’observer que nombres de portes de bureaux et espaces de formation sont illustrés de pancartes, affiches représentant cette nouvelle approche du soin, que ce soit par des dessins, des photographies, des formules rédactionnelles ou encore des illustrations associant ces différentes formes d’expressions. Ce sont aujourd’hui les créations des étudiants sur ce modèle qui égaient les couloirs de la faculté de médecine, preuve d’une acculturation artistique dans bien des cas. Serait-ce une modalité d’expression qui renouerait, rapprocherait le futur exercice médical de l’art de la médecine tel qu’il avait, à l’origine, émergé, puis peu à peu dérivé, voire disparu dans le curriculum de médecine. Il est sans doute un peu tôt pour affirmer ce constat, mais il est déjà intéressant de constater l’appropriation par les étudiants en médecine de ce qui s’est initié progressivement depuis 2011 dans cet univers d’apprentissage. C’est ce qui m’a interpellé alors que je me rendais à une formation des tandems de médecins cliniciens et patients formateurs visant un atelier d’éthique clinique de la première année de résidence qui se tiendra pour la 3ème année début novembre.

 

Une réorganisation est en cours en cet automne 2017 qui concerne la DCPP :

 

Alors que le bureau facultaire de l’expertise patient partenaire a, de l’automne 2010 au printemps 2013, évolué directement en lien avec le doyen de l’époque, la DCPP a elle évolué cet automne sous la direction du vice décanat « Exécutif, sciences cliniques et réseau », la doyenne actuelle a souhaité reconfigurer cette organisation. Ainsi la direction collaboration partenariat patient se situe désormais, avec le bureau d’éthique clinique dont les activités sont depuis 2014 totalement imbriquées, le bureau sur la méditation de pleine conscience (dont l’action a été initiée depuis la rentrée académique 2014/2015), et une nouvelle mission, celle de la responsabilité sociale de la faculté de médecine qui sera dirigée durant 2 ans par le professeur Ahmed Maherzi, précédemment doyen de la faculté de médecine de Tunis, directement en lien avec la doyenne, sans direction de vice décanat. Ces quatre bureaux sont donc le fer de lance de la faculté de médecine pour les deux années à venir dans l’orientation du futur de cette institution. Une réorganisation en axe avec ce que produit actuellement l’action des patients partenaires issus de l’université de Montréal.

 

Au delà de la faculté de médecine

 

En effet, durant l’année 2016 a émergé un centre d’excellence du partenariat avec les patients et le public (CEPPP) dont la mission est explicitée dans un chapitre d’un ouvrage publié ces dernières semaines.

Ce chapitre est l’occasion d’une part de revenir, au delà de la mission du centre d’excellence, sur l’histoire, succinctement présentée dans ce billet, sur le processus ayant permis l’émergence de ce centre d’excellence du partenariat avec les patients et le public (Boivin, Flora, Dumez et al, 2017)[1], Il est également enrichi d’un autre chapitre qui questionne la reconfiguration relationnelle dans le soin qui s’opère, selon une analyse Foucaldienne (Ghadiri, Flora, Pomey, 2017)[2], par l’entreprise initiée à partir de la faculté de médecine de l’université de Montréal. Cet ouvrage comprend bien d’autres chapitres intéressants sur la participation des patients en France et en Suisse. Parmi eux, l’un d’eux m’a particulièrement interpellé (Martinent, 2017)[3] car il donne un éclairage, selon moi, de la difficulté de la France à appréhender cette approche appelée par les Etats-Uniens depuis la conférences Macy’s en 2014 (Fulmer, Gaines, 2014)[4], le modèle de Montréal (Pomey, Flora, Karazivan et al, 2015)[5], alors que les pays voisins (Belgique, Italie, Suisse) s’en emparent ou sont en passe de le faire. Ce qu’il décrit est une partie de ce qui tend à freiner une mise en œuvre de ce qui se tisse et s’étend aujourd’hui dans les systèmes de santé, malgré en France quelques tentatives ou initiatives dont le projet UniverCité du Soin à Nice porté par le docteur Jean-Michel Benattar et un groupe de citoyens mobilisés autour de la maison de la médecine et de la culture avec mon humble participation, un projet avorté sans aucune forme d’explication par la faculté de médecine de Créteil cette année, ou encore une initiative avec l’école des hautes études en santé publique.

 

Le mot de la fin

 

Le mouvement des malades initié tout au long du 20ème siècle s’est cristallisé en ce début de millénaire. C’est ce qui a permis l’émergence de l’approche patient partenaire, muée depuis peu en un partenariat avec les patients et le public comme une des solutions aux transformations rapides qu’ont engendrées Internet dans un premier temps et aujourd’hui son héritage, l’environnement technologique. Une nouvelle donne technologique qui imprègne de plus en plus la société mondialisée dans laquelle nous vivons et devant laquelle l’adaptation des systèmes de santé comme de la population s’organise dans une autre temporalité que lors des siècles précédents; il nous apparaît essentiel de nous organiser collectivement en conséquence. Dans ce contexte, la piste ici éclairée a le mérite d’exister car :

 

« L’homme a pu voler à partir du jour où il a découvert les lois de la gravitation.
Il ne s’est pas pour autant libéré d’elles, mais il a pu les utiliser à son avantage.
 ».                                    
Henri Laborit [6]

 

 REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

 

[1] Boivin A., Flora L., Dumez V., L’Espérance A., Berkesse A., Gauvin F.-P. (2017).« Transformer la santé en partenariat avec les patients et le public : historique, approche et impacts du “modèle de Montréal”. In « La participation des patients » « vol. 2017, Collection « Ethique biomédicale et normes juridiques », Paris : Editions Dalloz, pp. 11-24

[2] Ghadiri D. P. S., Flora L., Pomey M.-P. (2017).« Le virage patient partenaire de soins au Québec. Reconfiguration de l’exercice du pouvoir médical et lutte pour de nouvelles subjectivités. In « La participation des patients« , Collection « Ethique biomédicale et normes juridiques », Paris : Editions Dalloz, pp. 25-36.

[3] Eric Martinent, (2017) « la démocratie sanitaire, entre participation(s) et représentation (s) ».  In « La participation des patients », Collection « Ethique biomédicale et normes juridiques », Paris : Editions Dalloz, pp.63-104.

[4] Fulmer, T & Gaines, M. (2014). Partnering with Patients, Families, and Communities to Link Interprofessional Practice and Education. Proceedings of a conference sponsored by the Josiah Macy Jr. Foundation in April 2014 ; New York : Josiah Macy Jr. Foundation.

[5] Pomey M.-P., Flora L., Karazivan P., Dumez V., Lebel P., Vanier M.-C., Débarge B., Clavel N., Jouet E. (2015), « Le « Montreal model » : enjeux du partenariat relationnel entre patients et professionnels de santé », Santé publique, HS, 2015/S1, pp.41-50.

[6] Laborit H. (1999). La nouvelle grille, Paris : Gallimard

Notes : Si vous êtes intéressés aux initiatives françaises : lire également sur l’UniverCité du Soin un billet de ce blog publié en février de cette année (2017) : Un moyen de muer les pratiques des facultés de médecine avec et par les citoyens ?

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