Un moyen de muer les pratiques des facultés de médecine avec et par les citoyens ?

Introduction

Un diplôme universitaire sur l’Art du Soin vient d’être autorisé et validé en ce début 2017 par une Faculté de médecine. Cette formation universitaire ouvre ses portes à des médecins, des professionnels de la santé, mais également à des patients à la rentrée académique prochaine. Cet espace de rencontre et d’apprentissage, dont l’objectif est de questionner la relation de Soin au travers de l’Art, de récits et de mises en situation. C’est en quelque sorte la seconde transformation de la formation médicale dans une faculté de médecine à partir d’une action citoyenne dans la cité. C’est du processus en œuvre que traite ce billet.

Une transformation en cours à partir d’un mouvement citoyen, des « faiseux » ?

Il y a presque un an, sur ce blog, je publiais un article annonçant la possible émergence d’une école du prendre soin, dans la ville de Nice. Depuis cette déclaration d’ambition, deux impacts issus de la volonté d’un collectif de citoyens organisé en association « la maison de la médecine et de la culture » ont commencé à transformer la formation médicale.

Le premier mis en place durant l’exercice académique précédent consiste en une validation dans le cursus de la spécialité « médecine générale », de la participation de ces étudiants en médecine aux ciné-rencontres-débats mis en place tous les 3 mois. Ces rencontres qui permettent aux citoyens de réfléchir et de débattre ensemble de questions de santé et du soin, l’occasion pour les professionnels de santé et étudiants de réfléchir à une éthique au quotidien avec la population, au delà d’un entre-soi si longtemps entretenu dans les facultés et écoles des sciences de la santé.

Le second impact qui vient lui d’être validé, après plus de six mois de passage en commission prendra à l’automne prochain d’une formation optionnelle sur l’Art du Soin au sein même de la Faculté de médecine. Il s’agit là pour les étudiants, toujours à partir d’œuvres artistiques, que ce soit sous forme cinématographiques, théâtrale, musicale ou de littérature, traitant d’un aspect de la médecine ou de la santé, de questionner. Cependant, durant cette formation, ce seront les mises en situation et ainsi le développement d’une réflexivité sur les situations qui seront le principal outil pédagogique. C’est donc le développement de compétences au bénéfice de la relation de soin qui se tisseront pour l’adoption de pratiques mettant au cœur la créativité de l’instant pour agir en situation humaine complexe, pour rechercher l’équilibre dans les moments d’incertitude. En un mot, il s’agira comme le nom de la formation l’indique de pratiquer ensemble l’Art du soin.

Pour quoi faire ?

Nombre des lecteurs doivent à ce moment de l’article se demander quel intérêt pour les patients qui se formeront à côté des professionnels ? Ce projet, en prolongement de ce que j’ai participé à développer à Montréal, au Québec, tend à donner des clés, tant aux professionnels de la santé qu’aux patients, pour agir en complémentarité lorsqu’ils sont réunis, mais également de questionner plus largement sur ce qu’est le prendre soin. Il donnera aux patients des assurances ou des capacités d’autodétermination ainsi que la possibilité de devenir patients partenaires pour leurs propres soins. La relation étant un pont, il est nécessaire de sensibiliser, de préparer au paradigme du partenariat de soin, professionnels de santé et patients. Et si le mouvement citoyen continue de transformer localement l’environnement du soin, il est certain que les patients impliqués dans cette formation pourront participer au delà de leur propres soins à La Santé, mobilisant ainsi leur compétence d’altruisme (Flora, 2016) [1]. Une compétence identifiée parmi 15 autres chez de nombreux patients lors de travaux antérieurs (Flora, 2008 [2], 2012 [3], 2015 [4]) ? Une compétence qui révèle même une dimension thérapeutique pour eux-mêmes, dans leur manière de prendre soin d’eux-mêmes, de nous car c’est un patient qui écrit.

Du concevoir le soin et construire le système de santé pour au construire avec ?

Cette expérience ouvre donc les possibles. Elle prolonge et enrichit ce qui a été élaboré à partir de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal (Karazivan et al, 2015 [5]; Flora et al, 2016 [6]; Pomey et Al 2015 [7]) au travers d’une mobilisation citoyenne proposant une force de proposition et de mobilisation par l’initiation d’une université populaire offrant des possibilité de transformation des soins et institutions comme elle le fait pour et dans la faculté de médecine.

Un nouveau paradigme relationnel qui peut aujourd’hui se diffuser sur l’ensemble du Canada grâce à l’attribution d’une Chaire Canadienne sur le partenariat avec les patients et le public. Pour renforcer les possibilités d’action de ce collectif citoyen, j’ai d’ailleurs invité à participer le fondateur de la MMC, Jean-Michel Benattar, à la première formation du centre d’Excellence du partenariat avec les patients et le public (CEPPP) dont je suis un des leaders. Ce centre est une émanation de la Chaire associée à la Direction Collaboration du Partenariat Patient (DCPP) de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal. Cette première édition qui a accueilli des tandems Québécois cliniciens/patient et gestionnaires de santé/patient, mais également des duos Belges, Suisses et Italiens, a accompagné vers les concepts et méthodologies développées par la DCPP ces 6 dernières années pour transformer les milieux de soin, d’enseignement (Vanier et al, 2016 [8]) et de recherche, en proposant un accompagnement de conduite de projet et des témoignages enrichis d’analyses de tandems constitués au Québec ces dernières années et ayant menés à bien des implantations à l’image des projets visés par les participants à la formation.

Synthèse

Le projet d’école du prendre soin s’organise donc avec et à partir de la maison de la médecine et de la culture, donc d’une mobilisation citoyenne. Les développements exposés à ce jour, encore aujourd’hui optionnels, sont le fruit d’une adaptation au contexte local grâce une ouverture d’esprit et à des volontés diverses. Elles sont, soulignons-le, le résultat d’un environnement devenu favorable de par le rayonnement de cette mobilisation citoyenne. L’objectif du tandem médecin/patient que je constitue au sein de ce collectif est, dans le prolongement de ce qui a été initié en 2010 à Montréal, d’ouvrir un bureau dans la Faculté. Ce bureau aura pour mission de fédérer des patients et proches pour transformer le soin et l’environnement, devrais-je écrire les environnements dans lesquels les soins ont lieu. Lors d’une conférence à Bruxelles fin janvier 2017, avec Vincent Dumez (2012) [9] pour le Centre hospitalo-universitaire de l’université Catholique de Louvain, j’ai appris que c’est maintenant plus de 350 patients qui sont mobilisables à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal pour participer aux apprentissages des futurs professionnels en sciences de la santé. En novembre déjà, durant notre participation, avec Jean-Michel Benattar, à la formation du centre d’excellence du partenariat avec les patients et le public (CEPPP), nous avons appris qu’après 5 ans d’enseignement généralisé de ce nouveau modèle relationnel auprès de 14 disciplines en sciences de la santé, « le Partenariat Patient », les infirmières demandent à intégrer des services exerçant selon ce paradigme, la meilleure certitude que cette transformation n’est pas une mode mais qu’elle est en cours de pérennisation pour le bénéfice tant des patients que des professionnels de santé.

Références bibliographiques

[1] Flora L. (2016). « Le savoir des malades à travers un référentiel de compétences « patient » utilisé en éducation médicale », La recherche en éducation, N°15, pp. 59-75.

[2] Flora L. (2008). Le patient formateur auprès des étudiants en médecine : De l’approche historique, la contextualisation à l’intervention socio éducative, Sciences de l’éducation, Université Vincennes Saint Denis – Paris 8

[3] Flora L. (2012). Le patient formateur : élaboration théorique et pratique d’un nouveau métier de la santé. Thèse de doctorat de sciences sociales, spécialité « Sciences de l’éducation », Université Vincennes Saint Denis – Paris 8, campus Condorcet.

[4] Flora L. (2015), Un référentiel de compétences de patient : pourquoi faire ? Du savoir expérientiel des malades à un référentiel de compétences intégré : l’exemple du modèle de Montréal, Presses Académiques Francophones, Sarrebruck, Allemagne.

[5] Karazivan P., Dumez V., Flora L., Pomey M.-P., Del Grande C., Guadiri S., Fernandez N., Jouet E., Las Vergnas O., Lebel P. (2015), « The Patient as Partner in Care : Conceptual Grounds for a Necessary Transition », Academic Medicine, April 2015 – Volume 90 – N° 4 – pp.437–441c

[6] Pomey M.-P., Flora L., Karazivan P., Dumez V., Lebel P., Vanier M.-C., Débarge B., Clavel N., Jouet E. (2015), « Le « Montreal model » : enjeux du partenariat relationnel entre patients et professionnels de santé », Santé publique, HS, 2015/S1, pp.41-50.

[7] Flora L., Berkesse A., Payot A., Dumez V., Karazivan P. (2016), «L’application d’un modèle intégré de partenariat patient dans la formation des professionnels de la santé : vers un nouveau paradigme humaniste et éthique de co-construction des savoirs en santé », in Innovation pédagogiques en éthique de la santé, Le Journal International de Bio-éthique et d’éthique des sciences, volume 27, N° 1, chapitre 3, pp. 59-72.

[8] Vanier M.-C., Flora L., Lebel P. (2016), « Un professionnel de santé qui exerce une  pratique collaborative en partenariat avec le patient », in (Dir. Pelacia T.) Comment [mieux] former et évaluer les étudiants en médecine et en sciences de la santé, Bruxelles, De Boeck, pp. 74-104.

[9] Ted-X de Vincent Dumez, « The patient: A missing partner in the health system ». https://www.youtube.com/watch?v=V2MGumDv384

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