La question de l’implication des patients dans la formation des professionnels de la santé

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Alors que l’institut pour la démocratie en santé (IPDS) créé il y a un an a initié un espace de présentation et d’échange dans une agora de l’exposition Paris-Healthcare Week le mardi 24 mai 2016, et dans le prolongement et de ce qui y a été échangé, je me propose de tenter une synthèse, nécessairement subjective,  de ce qui se passe actuellement en France sur cette question en parallèle de ce qui a été publié par l’IPDS depuis.

Le contexte qui donne lieu à la synthèse

Lors de l’agora sur le sujet, en présence de Mélanie Heard, le coordinatrice de l’IPDS, de Véronique Fleury qui l’assiste, de Thomas Sannié président de l’association française des hémophiles (AFH) et patient formateur dans l’initiative de la faculté de médecine de l’université Paris 13 et de l’auteur de l’article et du blog qui le publie en ligne ont été évoqué, outre un historique rappelant que les premières mobilisations de patients en France se sont organisées au début des années 90 dans les écoles d’infirmières puis à partir de 1995 à 1997 dans les facultés de médecine au travers de la formation en médecine générale avant d’entrer dans les formations en spécialité (Rhumatologie (dans le programme patient partenaire initié aux USA en 1992) et sous l’impulsion de sollicitations de PU-PH* isolés (Flora, 2007) (1).

À cela s’ajoute la journée de recherche action initiée en 2015 dans le cadre d’une recherche exploratoire PACTEM inscrite dans les recherches IDEX** Rhône Alpes, initiée à partir de la faculté de médecine de l’université Claude Bernard Lyon Est qui s’est déroulée le 29 avril 2016.

Les initiatives engagées

C’est dans le prolongement de ce qui a été initié à l’université de Montréal au Québec depuis 2010 qu’ont été organisés depuis 2012, à la faculté de médecine de l’université Pierre et Marie Curie – Sorbonne universités quelques ateliers avec le concours de patients membres d’associations d’usagers auprès des étudiants en médecine de quatrième année. Cette action a été décidée après que le doyen de l’époque, Serge Uzan ait convoqué au printemps 2011 un comité pédagogique en présence du président de l’ordre national des médecins et avec la participation de Thomas Sannié, déjà présenté, de Tim Greacen, représentant des usagers et directeur du laboratoire de promotion de la santé mentale de l’établissement maison Blanche, d’Emmanuelle Jouet et moi-même, tous deux coordinateurs de la revue « Usagers experts : la part de savoir des malades dans le système de santé » (2010)(2) dont la note de synthèse (3) a donné lieu à une collaboration avec le Bureau Facultaire de l’Expertise Patients Partenaire (BFEPP) (Flora, 2012, pp. 218-262) (4) puis son héritière la Direction Collaboration et Partenariat Patient (DCPP) à la faculté de médecine de l’université de Montréal au Québec.

L’année 2011 a vu une seconde initiative, celle d’ organiser un cours auprès des étudiants de deuxième et troisième année de médecine à l’automne sous l’impulsion d’un enseignant-chercheur en sciences humaines et sociales à la faculté de médecine Claude Bernard de l’université de Lyon-1 , Nicolas Lechopier, philosophe de son état. Lors de cet atelier co-animé avec Nicolas Lechopier et moi-même, j’avais demandé à ce que des enseignants cliniciens soient présents afin d’échanger après le cours sur la pertinence de l’implication des patients dans la pédagogie médicale, cet enseignement se poursuit dans le cadre des cours de sciences humaines et sociales (SHS) depuis avec le concours de patients de Lyon et dans le prolongement de l’IDEX déjà cité, le doyen venant de missionner un médecin pour expérimenter d’autres enseignements dans un cadre plus large que celui des SHS. Depuis lors, un enseignement est également initié avec des patients dans l’autre faculté de médecine de Lyon (Lyon sud). Enfin dans le cadre de la recherche, l’IDEX a donné son accord pour un nouveau financement afin de poursuivre cette action dans le cadre de la recherche.

D’autres  initiatives ont depuis été mises en œuvre comme par exemple à la faculté de médecine d’Angers. Selon les propos de Thomas Sannié lors de l’agora du 24 mai, une expérimentation est en cours plus en amont de la formation avec également la mise en place de cours interdisciplinaires*** alors que la faculté de médecine de Bobigny**** (Paris 13 – université  Paris cité) expérimente depuis le début de cette année 2016 des ateliers avec des patients dans le cadre de la spécialité de médecine générale.

Cette description n’est sans doute pas exhaustive mais rend compte des initiatives qui ont été évoquées lors des deux évènements à partir desquels cette synthèse vous est proposée mais à partir de ces éléments exposés, nous pouvons dégager une analyse de ce qui se dégage de cette activité.

Analyse

Il est un constat que la France et plus particulièrement certaines de ces facultés de médecine questionnent ou se questionnent sur la pertinence ou la mise en œuvre de la mobilisation des patients pour former les étudiants et les les professionnels de santé, et plus particulièrement les étudiants en médecine et les médecins. Il est également possible  de constater en s’intéressant aux différentes expériences initiées depuis les années 90 que la nature de leurs interventions se sont étoffées au cours du temps. Ainsi, pourrions nous considérer que dans les années 90 les patients mobilisés étaient plus des « patients témoins » que des « patients formateurs » comme ceux qui sont mobilisés dans certaines formes d’ateliers pédagogiques.

Un autre constat réside dans le fait que les expérimentations s’organisent à différents moments de la formation des médecins. À ce sujet une question se pose sans que je n’ai réussi à percevoir la réponse lors des deux événements sur lesquels se base cette analyse: qui décide, selon quels critères et quoi initier à tel ou tel moment de la formation dans ce continuum? En approfondissant dans cette direction émerge la question méthodologique au moment où vient d’être produit, sous la commande du ministère de l’ éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, un rapport sur la recherche participative dont certaines recommandations sont orientées vers la pédagogie (Houiller, 2016 (5)). La question de savoir à quel moment est impliqué le patient est susceptible de donner des indications sur le mode de participation. Ce qui dans le champ de la médecine peut-être rapproché de l’ordre d’une relation paternaliste, centrée sur le patient ou organisée avec le patient comme dans le partenariat de soins développé à Montréal, intégrant ainsi dans une certaine mesure un curriculum caché (Mahood, 2011) (6).

Nous avons pu constater également lors des ateliers organisés à la faculté de médecine de Lyon dans le cadre de la recherche action PACTEM, que ces patients formateurs sont susceptible d’intéresser d’autres acteurs pour sortir la formation qu’ils peuvent conduire au delà du cadre académique. D’autres facultés de médecine sont intéressées par cette approche, comme la faculté de médecine de l’Université Paris Sud de Créteil dont une jeune médecin a réalisé une thèse constituée d’une étude de faisabilité du modèle de Montréal dans le cursus spécifique Français (Charoy-Bréjon, 2016 (7)) au sujet duquel j’avais déjà consacré un article. La faculté de médecine de Descartes – Paris cité est également en questionnement sur le sujet tout comme la faculté de médecine de Nice Sophia Antipolis qui elle aussi s’est engagée dans les cours interdisciplinaires.

Conclusion

La mobilisation des patients dans les formations des professionnels de la santé nous semble être lancée dans un mouvement inexorable. Elle s’initie sur plusieurs sites sur le territoire. Elle est portée par l’Institut Pour la démocratie en Santé (IPDS) et nous pouvons l’imaginer par ses principaux partenaires institutionnels initiaux que sont le collectif Inter associatif sur la Santé (CISS), l’école des hautes études en santé publique (EHESP), et la fédération hospitalière de France (FHF), dans le prolongement de la loi du 4 mars 2002  relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé qui introduit le principe de la démocratie sanitaire et les lois successives qui ont depuis renforcé les principes. Elle arrive également à un moment durant lequel les formes de pédagogies sont en question du fait de la mutation des usages qu’ont influencé le digital. Nous pouvons parier que dans ce cas, les personnes vivant avec des maladies chroniques, les principaux patients sollicités dans ce cadre, pourront mobiliser toutes les capacités d’adaptation, qu’il ont su mobiliser pour « vivre avec  » la nouvelle donne que leur a imposé les maladies en question. Une adaptabilité dont les facultés de médecine et autres écoles de formations initiales et continues des professionnels de la santé auraient tort de se priver.

Notes de bas de page et références bibliographiques

*PU-PH : Professeur Universitaire  Praticien Hospitalier

** IDEX : Ce sont les Initiatives d’excellence (IDEX) qui font partie des investissements d’avenir, programmes dont le but est de créer en France des ensembles pluridisciplinaires d’enseignement supérieur et de recherche qui soient de rang mondial.

*** Les cours interdisciplinaires qui à l’université de Montréal, dans le mouvement de nombres d’universités Nord-Américaines s’organisent depuis 2008, impliquent des patient depuis 2011 dans l’université Québécoise. L’université par ce biais forme actuellement 14 professions de santé, du psychosocial et de l’administration de la santé. Cette dernière discipline a intégré ces cours lors de l’exercice académique actuel dans le prolongement des transformations accomplies depuis 2011 dans les milieux des soins au Québec (DCPP, 2014 (8); Pomey et al, 2015 (9); Flora, 2015 (10); Flora et al, 2016 (11)).

**** Une faculté de médecine déjà sensibilisée par un groupe de travail constitué d’Anne Festa, directrice à l’époque d’Onco 93, devenu depuis le réseau Acsanté 93 et de Thomas Sannié (Flora, 2012, pp. 214-216), puis par la présence dans le jury de la thèse soutenue en novembre 2012 du vice doyen de l’époque de cette institution, l’oncologue Laurent Zelek.

(1). Flora L. (2007). Le patient formateur auprès des étudiants ne médecine, Maitrise de droit de la santé, Université Vincennes Saint-Denis – Paris 8.

(2). Jouet E., Flora L. (coord.) (2009-2010), Usagers-Experts : la part du savoir des malades dans le système de santé, N°58/59, Pratiques de formation : Analyses, Université Paris 8.

(3).  Jouet E., Flora L., Las Vergnas 0. (2010). « Construction et Reconnaissance des savoirs expérientiels des patients ». Note de synthèse du N°, Pratique de formation : Analyses, N°58/59, Saint Denis, Université Paris 8, pp. 13-94.

(4) Flora L. (2012). «  Le patient formateur : élaboration théorique et pratique d’un nouveau métier de la santé », Thèse de doctorat de sciences sociales, spécialité « Sciences de l’éducation », Université Vincennes Saint Denis – Paris 8, campus Condorcet, pp. 212-213, cette recherche a ensuite été publiée depuis sous la référence : Flora L. (2015), Le patient formateur : nouveau métier de la santé ? Comment les savoirs expérientiels de l’ensemble des acteurs de santé peuvent relever les défis de nos systèmes de santé, Presses Académiques Francophones, Sarrebruck, Allemagne, avec le passage dont il est question dans les pages 392-396.

(5). Houiller F. (Dir). (2016). Les sciences participatives en France : état des lieux et méthodes, rapport commandé par le Ministère de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur et de la recherche, Institut INRA.

(6). Mahood SC. (2011). « Medical education: Beware the hidden curriculum ». Can Fam Physician. N° 57, pp.983-985.

(7). Charoy-Brejon C. (2016). Le patient formateur dans un enseignement de l’approche centrée patient à la faculté de médecine de l’UPEC, projet exploratoire. Thèse de médecine, spécialité de médecine générale, Faculté de médecine de Créteil, Université Paris est, Créteil.

(8). DCPP, 2014, Programme partenaires de soins, rapport d’étape (2011-2014) et perspectives, Direction collaboration et partenariat patient du centre de pédagogie appliquée aux sciences de la santé, Université de Montréal.

(9). Pomey M.-P., Flora L., Karazivan P., Dumez V., Lebel P., Vanier M.-C., Débarge B., Clavel N., Jouet E. (2015), « Le « Montreal model » : enjeux du partenariat relationnel entre patients et professionnels de santé », Santé publique, HS, 2015/S1, pp.41-50.

(10). Flora L. (2015), Un référentiel de compétences de patient : pourquoi faire ? Du savoir expérientiel des malades à un référentiel de compétences intégré : l’exemple du modèle de Montréal, Presses Académiques Francophones, Sarrebruck, Allemagne.

(11). Flora L., Karazivan P., Dumez V. Pomey M.-P. (2016), « La vision « patient partenaire » et ses implications : le modèle de Montréal. », La revue du praticien, avril, Tome 66, N° 4, pp. 371-375.

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De l’esprit critique dans l’enseignement de la médecine concernant l’influence des laboratoires pharmaceutiques

Fin avril s’est tenu, dans les locaux de la revue Prescrire, une journée de réflexion, à l’initiative du FORMINDEP, une journée d’échange sur la formation à l’esprit critique des étudiants en médecine en France. Ce billet a pour objet de relater ce que j’y ai personnellement vécu et quelles sont les réflexions que cette journée m’a inspiré (Voir également sur le sujet l’émission état de santé sur la chaine parlementaire).

 

CONTEXTE

Cette journée étant organisée avec un doctorant menant sa recherche sur le sujet dans le laboratoire EXPERICE dans lequel j’ai moi-même réalisé ma thèse, j’ai été identifié comme un des deux grands témoins. L’idée était de répartir ce rôle entre un patient, qu’en tant que patient chercheur assumé j’ai accepté, et un médecin, Jean Jouquan, médecin interniste au Centre-Hospitalo-Universitaire de Brest et directeur de la revue Pédagogie médicale. J’étais invité du fait de mon expérience dans la transformation de l’enseignement de la médecine à la faculté de médecine de l’Université de Montréal au Québec et c’est donc en participant attentif que j’ai assisté, avant de prendre la parole, à cette journée.

 

LES PARTICIPANTS

Une soixantaine de participants étaient présents, parmi eux figuraient des étudiants dont des représentants de l’ Association Nationale des Etudiants en Médecine de France (ANEMF), de l’InterSyndicale Nationale Autonome Représentative des Internes de Médecine Générale (ISNAR-IMG), de l’InterSyndical National des Internes en médecine (ISNI), de la Troupe du Rire, le Syndicat National des Jeunes Médecins Généralistes (SNJMG), le Syndicat des Médecins Généralistes (SMG), plusieurs enseignants et maîtres de stage universitaires de plusieurs facultés françaises, des médecins, parmi lesquels Irène Frachon et pharmaciens, des chercheurs en sciences humaines et sociales (historiens, anthropologues comme par exemple Sylvie Fainzang, sociologues, etc.), des spécialistes en pédagogie médicale, une association de patients, la Société de Formation Thérapeutique du Généraliste (SFTG), des associations (Prescrire, FORMINDEP), une attachée sénatoriale, quelques médecins venus de plusieurs régions de France et plusieurs étudiants en médecine d’autres pays Européens intéressés par la démarche en tant que représentants ou membres d’associations d’étudiants de facultés de médecine. Cette diversité, peu nombreuse mais significative par ce qu’elle réunit de groupes constitués a contribué à enrichir la réflexion par les échanges et signifier, selon moi de l’intérêt du sujet tant dans la société française qu’au niveau Européen.

 

LE PROGRAMME

Après avoir accueilli les participants, la journée à commencé par un état des lieux de ce qui existe dans la formation initiale en matière de travail de réflexion ou autre vis à vis de l’indépendance.

Cet état des lieux a été suivi de la présentation de la campagne Just Medicine états-unienne et des initiatives étudiantes en France suivie d’une table ronde avec Paul Scheffer, mon collègue du laboratoire interuniversitaire EXPERICE, un membre de l’ANEMF, une membre de la Troupe du Rire, une membre du SNJMG et un médecin généraliste, auteur d’une thèse en médecine sur l’impact de la visite médicale sur les prescriptions.

La dernière partie de la matinée était consacrée à quelques initiatives pédagogiques actuellement en cours en France dans : la faculté de médecine de Strasbourg, la faculté de médecine Claude Bernard de Lyon, la faculté de médecine de Rennes et celle d’une médecin maitre de stage de médecine générale en Ile de France.  Cette demi journée s’est donc conclue sur ce que m’ont suscité les propos et contenus présentés, conclusion subjective comme elle avait été présentée dans le programme.

L’après midi a (elle) démarré, après un déjeuner en commun riche de nombreux échanges, à l’utilisation et la place que pourrait prendre en France le manuel d’enseignement Comprendre et répondre à la promotion de l’industrie pharmaceutique et y répondre de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), un manuel traduit par une employée de la Haute Autorité de Santé (HAS), puis de la question  » Dans quelle mesure le programme d’enseignement proposé par l’AMSA, Just Medicine Curriculum, peut servir de document de référence pour développer la formation à l’indépendance en France? ».

La seconde partie de l’après midi a ensuite donné lieu à une table ronde ouverte à l’ensemble des participants sur « les développements possible de la formation à l’indépendance en médecine ? » avant que Jean Jouquan, ancien vice-doyen aux études médicales de l’Université de Brest, ne conclut par une réflexion sur la journée et les pistes possibles dans la manière de s’y prendre pour réorganiser la formation des médecins et les écueils à éviter.

 

TEMOIGNAGE

J’ai commencé, en respect de la consigne des initiateurs de la journée, a décliné mes liens sans conflit d’intérêt avec les laboratoires pharmaceutiques, soulignant que nous devrions d’une part, y adjoindre aujourd’hui également déclarés les liens avec l’industrie du digital qui en 2014 en France a généré 2,7 milliards d’€uros. J’ai également souligné, d’autre part,  la difficulté tant pour les médecins que pour les patients engagés dans le cadre d’associations d’usagers de ne pas être directement ou indirectement (1) en lien, sinon en conflit d’intérêt, avec les financements des laboratoires pharmaceutiques dans le système actuel, raison pour laquelle des actions, comme celle présentée, étaient pertinente.

J’ai ensuite commencé ma réflexion sur la difficulté à appliquer à soi-même motivé par le sujet, cette vigilance en constatant que les 13 des 20 interventions de la matinée n’aient pas automatiquement déclaré leurs liens d’intérêt. Au vu des interventions tant dans les tables rondes que parmi les participants, en avançant que ce sont les jeunes médecins qui sont susceptibles d’être les agents de changement du système pour peu qu’une formation à la réflexivité soit mise en œuvre, signifiant que mettre les étudiants aux professions de santé comme agents de changement est en tous les cas le pari fait à la faculté de médecine de l’université de Montréal, au Québec.

J’ai  prolongé mon propos en suggérant que l’approche systémique et la mutualisation m’apparaissaient nécessaires pour réellement basculer dans un usage et des comportements différents. J’ai rappelé la réflexion de Sylvie Fainzang (2001 (2), 2006 (3), 2012 (4)) dans la matinée mettant en perspective que les étudiants mobilisés dans les dispositifs innovant exposés durant la matinée sensibilisaient des étudiants déjà sensibilisés puisque ces enseignements étaient optionnels.

J’ai ainsi proposé sur la base de mon expérience que des dispositifs de maintien de pratiques réflexives devraient cependant être pour créer les conditions favorables à répandre une nouvelle culture, évoquant à cet effet l’initiative de la Maison de la Médecine et de la Culture de Nice qui avait organisé une journée sur la réflexion critique en médecine en avril 2014 à partir du film « Knock ». Les interventions de Roland Gori, psychanalyste, ayant écrit avec Marie-José Del Volgo « La santé totalitaire » (5), un essai sur la médicalisation de l’existence et celle d’Irène Frachon, ayant écrit « mediator 150 mg, combien de morts » (6)  avait suivi la projection du film en introduction d’un débat avec le public dont  Jean-Michel Benattar (7) avait déjà en conclusion souligné la valeur du livret de la troupe du rire à avoir dans la poche de la blouse des étudiants en médecine et des médecins hospitaliers.Un groupe, la troupe du rire dont j’ai tenu a féliciter l’initiative pour leur petit carnet pouvant être glissé dans une poche a reçu en 2015 le prix de la revue prescrire).

J’ai souligné que j’étais un chercheur impliqué, mais un chercheur distancié, réflexif, et qu’en tant que tel, je considérais que dans le renouvellement de la relation médecin/patient, dans la relation professionnels de santé /patient dans le cadre de l’approche interdisciplinaire rendue nécessaire pour les malades chroniques et les personnes dépendantes, il est important d’éveiller des deux côtés de la relation car nombre d’usages sont aujourd’hui dans l’impensé.

J’ai conclu sur le fait que le petit nombre de participants présents, mais très impliqué socialement dans différents groupes d’influence me faisait penser aux écrits de Serge Moscovici (1979)(8), ce psychosociologue français, qui écrivait que les déviants d’une société, parce que pratiquant des usages encore bien souvent inhabituels, mais également moteurs d’innovation initiaient souvent les usages de demain, comme une vision positive de ce qui se passait en cette journée, avant de finir la matinée sur une question ouverte : Le jeu de transparence/opacité participe-t-il à la neutralisation des actions visant à contrer les actions telles que celle promue aujourd’hui ?

ANALYSE GÉNÉRALE EN CONCLUSION

Un engagement fort des étudiants est une excellente nouvelle, tant au niveau de l’implication forte des étudiants présents et de la présence à travers eux de nombre de collectifs (la troupe du Rire, l’ANEMF, ISNAR-IMG…). Ces étudiants ont revendiqué une pédagogie innovante, s’appuyant notamment sur les mouvements d’éducation populaire.

Il a été fait état d’une réelle crise pédagogique et  tous les intervenants ont souligné la nécessité d’adapter les méthodes pédagogiques pour former à l’indépendance, comme le souligne d’ailleurs les doyens de faculté de médecine depuis maintenant plusieurs décennies sans avoir trouvé apparemment le processus qui permettrait d’en sortir. Ainsi, il a été souligné que dans l’enseignement facultaire, l’organisation des études basée sur la sélection par concours apparait être un frein important à la mobilisation d’un esprit critique chez les étudiants.

Des modifications systémiques sont à mettre en place par une action auprès des doyens et du ministère. À ce titre durant la journée est arrivé un message du président de la conférence des doyens a été lu à l’assistance, ce courriel adressé pour l’occasion au sujet d’un appel à plus de transparence dans l’expertise et plus de financement public de l’université. Il est également souhaitable, voire indispensable, d’impliquer dans l’enseignement actuel les étudiants, des patients, des enseignants de Sciences Humaines et Sociales (SHS), comme il apparait nécessaire de développer des méthodes pédagogiques réflexives et actives. Il a également été dit que les interventions les plus efficaces sont les interactions avec les maîtres de stage en situation de soin, ce qui pose le problème de la formation des maîtres de stage et plus largement de la gestion de l’indépendance dans les terrains de stage (hospitaliers et ambulatoires). À ce titre, à la faculté de médecine de l’université de Montréal a été créé un centre de pédagogie appliqué aux sciences de la santé (CPASS) et des dispositifs pédagogiques que j’ai coconstruit avec le bureau de l’éthique clinique permettant de faire émerger de nouvelles vocations et de préparer les futurs enseignants.

Notes et références bibliographiques

(1). La plupart des associations d’usagers ont, en partie de la faiblesse des soutiens de l’état et des collectivités un plus ou moins grande partie de leur financement provenant des laboratoires pharmaceutiques.

(2). Fainzang S. (2001), Médicaments et société. Le patient, le médecin et l’ordonnance, Paris, PUF.

(3). Fainzang S. (2006), La Relation médecins/malades : information et mensonge, Paris, PUF.

(4). Fainzang S. (2006), L’automédication ou le mirage de l’autonomie, Paris, PUF.

(5). Gori R., Del Volgo M.-J. (2005), La santé totalitaire, Paris: DeNoël.

(6). Jean-Michel Benattar est l’initiateur de la Maison de la Médecine et de la Culture avec qui j’œuvre à une « UniverCité » du soin, une école citoyenne du prendre soin transversale qui a pour but d’enseigner et de répandre la culture et les pratiques du prendre soin à l’Université et dans la Cité dans tous les lieux d’apprentissage et de pratique des soins, y compris sur le web avec la participation de tandems médecins/patients à l’image de ce qui a été développé dans le modèle de Montréal.

(7). Frachon I. (2010), Médiator, combien de morts, Brest : éditions Dialogues,

(8). Moscovici S. (1979), Psychologie des minorités actives, (1ère édition, 1976, à Londres : academic press), Paris : PUF.

À lire sur le sujet l’ouvrage dirigé par Paul Scheffer déjà présenté dans un article de ce blog : Scheffer P. (Coord.), Les métiers de la santé face aux industries pharmaceutique, agroalimentaire et chimique : quelles formations critiques ?, Paris, L’Harmattan.

En savoir +, en réaction à ce billet et à cette action

L’association Médecine, Communication et Services (MCS) s’est depuis la publication de cet article manifesté pour communiquer sur le sujet le 25 mai 2016.

Voici ce qu’elle a exprimé

 » L’association Médecine, Communication et Services (MCS)n’a pas pu participer à cette journée mais nous accompagnons la démarche du Formindep et nous avons édité dans ce sens un site présentant les structures médicales qui ont fait dès leur création le choix de l’indépendance : https://www.smore.com/ete4j-medecins-et-labos-pharmaceutiques?ref=my »

L’émission état de santé sur la chaine parlementaire.