De jeunes médecins prennent le relais dans la recherche sur le patient formateur

Après les travaux académiques publiés ces dernières années par un patient-chercheur, commencent à apparaitre des prolongements cette fois produits par de jeunes médecins. C’est ce dont traite cet article.

Introduction

À l’hiver 2015, alors que j’étais très investi à la faculté de médecine de l’université de Montréal, une jeune médecin généraliste, en prévision de la production de sa thèse, m’a contacté dans le cadre d’une recherche qu’elle souhaitait mener sur la pertinence d’introduire des patients formateurs dans les cours de médecine. Cette recherche lui avait été soufflée par un de ses responsables pédagogiques de la faculté de médecine de Créteil.

C’est donc à partir des différents travaux menés en droit de la santé (Flora, 2007)(1), puis en sciences de l’éducation (Flora 2008 (2); 2012 (3)) que son travail s’est élaboré. Elle a recontacté tous les instigateurs médecins du travail initial du milieu de la première décennie de ce siècle, puis s’est procuré les deux ouvrages publiés sur le sujet en 2015 (4) (5). Je l’ai également invitée à se déplacer en juin de cette année là à la conférence des professeurs en sciences humaines et sociales intervenant en faculté de médecine.  Il s’y tenait un symposium sur le sujet dans le cadre du lancement d’une recherche IDEX (6) en Rhône Alpes. Enfin, étant personnellement plus présent sur Paris depuis septembre, nous nous sommes rencontrés quelques heures alors qu’elle avait pas mal avancé dans ces recherches théoriques.

La tournure de la thèse :

La thèse a consisté en une recherche de faisabilité dans le cursus actuel français. Après avoir interrogé des patients intervenant dans des expérimentations françaises et différents médecins, elle a questionné le cursus au vu du dispositif le plus avancé sur le sujet actuellement, celui développé à l’Université de Montréal. C’est donc les contours d’une étude de faisabilité qui s’est dessinée sous le clavier de la jeune médecin. Je suis allé fin mars à la soutenance de thèse et son travail a été bien accueilli par les membres du jury. Après lui avoir posé différentes questions sur le sujet, ils lui ont demandé quels prolongements elle comptait donner à ce travail (Charoy-Brejon, 2016 (7)). Ils l’ont ainsi invitée à poursuivre cette entreprise par la mise en place dans la faculté de médecine, dont elle sort docteure, d’un enseignement en associant des patients formateurs.

Une voie de recherche qui prend de la vigueur

Alors que la recherche de cette jeune médecin dans le cadre d’une thèse de médecine se termine et avant même de connaitre les prolongements de celle-ci sur le terrain, une autre jeune médecin a pris en ce début d’année contact avec moi pour initier une recherche également sur le sujet en sciences de l’éducation à Strasbourg. Si nous associons ces deux premiers travaux de thèse à la maitrise (Master Européen) d’une jeune médecin, également en sciences de l’éducation, qui se termine actuellement autour de la médecine narrative auprès des résidents (Internes Français) en oncologie mobilisant des patients formateurs que j’ai accompagnés à la faculté de médecine de l’université de Montréal dans le cadre d’activités menées avec la direction collaboration et partenariat patient (DCPP) (DCPP, 2014 (8); Pomey et al, 2015 (9); Flora et al, 2016 (10)) et à la journée de restitution et de réflexion le 29 avril 2016, ce printemps, dans le cadre de la recherche action PACTEM qui se tiendra à la faculté de médecine de Lyon sous le titre « Patients Acteurs de l’Enseignement en Médecine. Pour quel(s) savoir(s) « , nous pouvons constater qu’une réelle dynamique est initiée dans le monde francophone, y compris en France. Je n’évoquerai pas d’autres projets dont les responsables ont souhaité avancer en secret mais d’autres actions ont été initiées en cette année 2016.

Des actions concrètes sur le terrain?

Alors que le Québec a initié une transformation à grande échelle à partir de l’université de Montréal, que les facultés de médecine de l’université libre de Bruxelles et de l’université de Genève ont institué un « G3 » dans le cadre d’une convention universitaire, l’univers francophone s’ouvre à une transformation majeure, celle de former, sinon questionner la formation des médecins et des professions de santé, voire du psychosocial comme c’est le cas à Montréal.

D’autres univers comme les USA ont pris le pas en recommandant dans les pas du « modèle de Montréal » d’inviter les patients et leurs familles a intervenir dans ce type de formation (Fulmer, Gaines (Dir.)Macy’s, 2014 (11)), ou nos voisins transalpins qui ont intégré un chapitre sur cet enseignement dans leur manuel d’enseignement de la médecine de famille (Vanier, Flora, Dumez, 2014 (12)).

En France, j’avais déjà en 2011 eu l’occasion d’introduire avec d’autres patients et patients chercheurs ce sujet auprès du conseil pédagogique de la faculté de médecine Pierre et Marie Curie, Sorbonne universités, cette réflexion (Flora, 2012, p. 213; 2015 (4), p. 393) peu après avoir également participé au cursus en éducation thérapeutique dans lesquels s’est développé la première université des patients Française. Une introduction auprès du comité pédagogique de la faculté de médecine qui a donné lieu depuis à un enseignement toujours en cours actuellement auprès des étudiants en médecine de 4ème année par le biais des associations d’usagers.

D’autres initiatives sont depuis initiées comme, par exemple, celle lancée à la faculté de médecine Claude Bernard de Lyon avec un philosophe, Nicolas Lechopier et moi-même à partir de 2012 auprès à l’époque des étudiants en 3ème année. C’est cette dernière initiative qui s’est prolongée depuis par la recherche PACTEM déjà évoquée dans cet article. Enfin d’autres facultés de médecine réfléchissent à se lancer dans ces initiatives comme par exemple la faculté de médecine de Nice, ville dans laquelle je tente avec un médecin, Jean-Michel Benattar d’innover au travers d’une école du prendre soin.

Conclusion

Dix ans après avoir initié une recherche sur le patient formateur auprès des étudiants en médecine et 4 ans après la soutenance d’une thèse sur le sujet, nous pouvons constater qu’une dynamique, dans la mouvance de la participation des patients et de leurs proches (Boote and Al, 2012 (13); Richards and Al, 2013 (14); Goodle, 2014 (15) dans le monde qui augmente continuellement depuis la fin du 20ème siècle, est en cours.

Le défi français consiste dans le passage de l’expérimentation à l’instauration d’un processus d’institutionnalisation qui permettra d’ajuster la formation de médecine dans un équilibre fragile entre approche scientifique et art médical. Un art de la pratique clinique que nous a légué la civilisation grecque il y a quelques milliers d’années. Un art qui reste pertinent pour ce qu’il véhicule dans la relation entre médecin et patient, une relation basée sur la confiance et sur une certaine réciprocité entre savoir savant et savoir sachant (Noël Hureaux, 2010) (16).

 

Références bibliographiques et notes de bas de page

 

(1). Flora L. (2007). Le patient formateur auprès des étudiants en médecine. Maitrise, en droit de la santé, Université Vincennes Saint Denis – Paris 8

(2). Flora L. (2008). Le patient formateur auprès des étudiants en médecine : De l’approche historique, la contextualisation à l’intervention socio éducative. Master recherche de Sciences de l’éducation, Université Vincennes Saint Denis – Paris 8

(3). Flora L. (2012).  Le patient formateur : élaboration théorique et pratique d’un nouveau métier de la santé, Thèse de doctorat de sciences sociales, spécialité « Sciences de l’éducation », Université Vincennes Saint-Denis Paris 8, campus Condorcet.

(4). Flora L. (2015), Le patient formateur : nouveau métier de la santé ? Comment les savoirs expérientiels de l’ensemble des acteurs de santé peuvent relever les défis de nos systèmes de santé. Presses Académiques Francophones, Sarrebruck, Allemagne.

(5). Flora L. (2015), Un référentiel de compétences de patient : pourquoi faire ? Du savoir expérientiel des malades à un référentiel de compétences intégré : l’exemple du modèle de Montréal. Presses Académiques Francophones, Sarrebruck, Allemagne.

(6). IDEX : Initiative d’EXcellence universitaire, investissement d’Avenir, ce sont des fonds de recherche alloués pour relever les défis actuels et à venir de la société Française.

(7). Charoy-Brejon C. (2016). Le patient formateur dans un enseignement de l’approche centrée patient à la faculté de médecine de l’UPEC, projet exploratoire. Thèse de médecine, spécialité de médecine générale, Faculté de médecine de Créteil, Université Paris est, Créteil.

(8). DCPP (2014), Programme partenaires de soins, rapport d’étape (2011-2014) et perspectives, Direction collaboration et partenariat patient du centre de pédagogie appliquée aux sciences de la santé, Université de Montréal, (Dernière consultation le 1 avril 2016).

(9). Pomey M.-P., Flora L., Karazivan P., Dumez V., Lebel P., Vanier M.-C., Débarge B., Clavel N., Jouet E. (2015), « Le « Montreal model » : enjeux du partenariat relationnel entre patients et professionnels de santé », Santé publique, HS, 2015/S1, pp.41-50.

(10). Flora L., Berkesse A., Payot A., Dumez V., Karazivan P. (2016), « Du patient partenaire au partenariat de soins : le « Montreal model », un nouveau paradigme relationnel éthique et humaniste adapté à son temps », Le Journal International de Bio-éthique, février, le volume 27, N° 1, pp. 59-72.

(11). Fulmer, T & Gaines (Dir.) (2014), M. Partnering with Patients, Families, and Communities to Link Interprofessional Practice and Education. Proceedings of a conference sponsored by the Josiah Macy Jr. Foundation in A.pril 2014 ; New York : Josiah Macy Jr. Foundation.

(12). Vanier M.-C., Flora L. Dumez V. (2014), « Dal Paziente “esperto” al “paziente Formatore : l’esempio dell’Università di Montreal », in (Dir. M.-S. Padula, G. Aggazzotti), Manuale per il docente di medicina generale : comme insegnare la medicina generale nelle cure primarie, Facoltà di Medicina e Chirurgia di Modena, Italia, pp. 149-168.

(13). Boote J, Wong R, Booth A. (2012). « Talking the talk or walking the walk?’ A bibliometric review of the literature on public involvement in health research published between 1995 and 2009″. Health Expect. Oct 4 2012.

(14). Richards T, Montori VM, Godlee F, Lapsley P, Paul D. (2013). « Let the patient revolution begin« . British Medical Journal, 2013; 346: f2614.

(15). Goodle F. (2014). « Toward the patient revolution », British Médical Journal, 29 January, 348 doi.bmj. http://dx.doi.10.1136/bmj.g.1909.

(16). Noël-Hureaux E. (2010), « Quels savoirs « en jeu » (enjeux) autour de la maladie chronique »», (coord. Jouet E, Flora L.), Pratiques de formation : Analyses, N° 58/59 pp.111-124

 

 

 

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