Vers une école du prendre soin en France?

Une initiative intéressante, à mon sens, a émergé en 2015 à Nice. Il s’agit, au travers de la volonté d’un collectif organisé en association « la maison de la médecine et de la culture« . de proposer une réflexion sur l’éthique médicale dans la cité. Ils organisent donc des conférences débats autour d’une œuvre artistique qui peut varier selon la thématique : une production audiovisuelle ou un spectacle vivant, porteur d’un axe de réflexion concernant la médecine ou la santé. C’est de ce projet initié qu’aujourd’hui des possibles apparaissent. C’est ce dont traite cet article.

Une initiative  innovante en ce qu’elle promet en terme de possible

C’est donc à un petit groupe de Niçois que nous devons cette belle initiative qui permet aux citoyens de cette région de participer à un évènement culturel tout en ayant la chance de réfléchir ensemble et de débattre autour de grandes thématiques concernant leur propre santé, la santé et de dessiner la médecine qu’ils souhaitent. C’est une initiative qui me touche car je m’étais moi-même impliqué il y a quelques 15 ans, au début de ce siècle dans un projet, à l’époque innovant, à la cité des sciences. Il s’agissait alors de l’ouverture d’une cité de la santé au sein de la médiathèque constituée d’un grand pôle santé et environnement (Greacen, Nguyên, Las Vergnas 2010)(1).

La maison de la médecine et de la culture, après avoir tenu ces quatre premières conférences débats en 2015 autour de films pour inspirer la réflexion et le débat autour des axes « devenir soignant« , « tous malades« , « la souffrance du soignant« , « prendre soin  à l’heure des techno-sciences » à Nice sans omettre un évènement Parisien à la mairie du XIème arrondissement autour du thème « Ethique de la relation de soins » avec comme point d’appui artistique le malade imaginaire de Molière, a initié une autre étape au mois de mars pour  le WE invitant le printemps « autour de la maladie d’Alzheimer« .

Cette formule conçue en deux journées a permis au delà des moments d’attention à un film et d’échange, d’emprunter le chemin de l’expérimentation avant de reprendre le débat. L’expérience vécue, par les citoyens venus, mais également par des personnes vivant avec Alzheimer et leurs proches, a consisté en un concert parfumé. Une expérience esthétique au cours de laquelle les sens de l’ouïe, de l’olfaction et bien sûr la vue étaient mobilisés. Cette seconde journée débutée dans une stimulation des sens et de l’imaginaire, suivie d’un court moment pour relever au fil d’un questionnaire dans le cadre d’une recherche menée par un département universitaire de chimie, le vécu, sinon l’expérience, se prolongeait ensuite par un nouvel espace de présentations et d’échange, mais cette fois-ci sur ce que la recherche instigue sur ce territoire pour accompagner tant les malades que leurs proches dans la vie avec Alzheimer.

Passer des « mots » au « faire ensemble »

Cette expérience préfigure l’ouverture des possibles, comme un point de jonction avec la méthodologie d’éducation citoyenne que j’ai co-conçu, avec une équipe de Québécois,  un espace citoyen à partir duquel est envisagé de sensibiliser le plus grand nombre de personnes au nouveau paradigme porté par ce que nous avons fait émerger au Québec (DCPP, 2014 (2); Flora, 2015 (3); Karazivan et al, 2015 (4); Pomey et Al 2015 (5)) pour leur santé et pour encourager la participation aux ajustements nécessaires du système de santé tant dans l’enseignement, les milieux de soins que dans la recherche.

Il s’agit d’un espace ouvert à tous qui permet de venir écouter, de réfléchir et échanger, mais qui ouvre également la voie pour ceux qui le souhaitent à la participation à une coconstruction à partir de « savoirs faire » expérientiels. Une troisième phase permet par la suite une mise en œuvre après une mise en perspective de ce qui existe déjà de lancer pour, quand c’est pertinent déclencher une autre étape consistant en recherches participatives.

De la maison de la médecine et de la culture à l' »école du prendre soin »?

Tant le duo constitué depuis l’automne composé d’un médecin et d’un patient chercheur que le groupe historiquement plus ancien de Niçois impliqués dans cette agora de la cité, tous  participent à l’élaboration d’espaces de rencontre qui amènent à la formulation de cette école. Le projet consiste en un espace dédié, une école, une université, appelons la comme nous le souhaitons ensemble. Celui-ci est issu d’une greffe entre un modèle en action Niçois et un modèle mis en œuvre à Montréal à partir de nombre d’hypothèses et de travaux initiés en France (Flora, 2012) (6). Cette nouvelle proposition interpelle plusieurs acteurs de la ville et de la région et semble répondre à une attente. Cette école pourrait investir tant la faculté de médecine que les espaces de simulation dans lesquels sont initiés des moments d’apprentissages de collaboration interprofessionnels entre étudiant(e)s en médecine générale et infirmier(e)s, et pourquoi pas patients et proches comme cela a été développé à Montréal, puis au Québec, sans oublier les espaces publics de la cité et l’univers digital, dans le cadre d’espaces coconstruits avec l’ensemble des acteurs dans le soin, un soin prodigué dans un climat du prendre soin.

Conclusion intermédiaire

Que cette école du prendre soin se développe avec la maison de la médecine et de la culture, en son sein ou à partir de cette association reste à déterminer. Une chose apparait cependant de manière certaine, des bonnes volontés, un contexte et des attentes se sont rencontrées à l’entrée de ce printemps dans cette cité de bord de mer. Une saison toujours créatrice d’un futur dans la nature. Un futur que nous souhaitons plus durable que celui de la saison qui commence, qui permette à la nature humaine de produire le meilleur d’elle même pour que chacun puisse être. Être en tant qu’humain, en tant qu’êtres sociaux pouvant prendre soin d’eux, d’autrui, et de l’environnement dans lequel ils évoluent

Références bibliographiques

(1). Greacen T., Nguyên T.-T., Las Vergnas O. (2010),  » La cité de la santé, une expérience d’Empowerment« , Pratiques de formation: Analyses, N° 58/59 (Coord. Jouet, Flora), pp 175-188.

(2). DCPP, (2014), Programme partenaires de soins, rapport d’étape (2011-2014) et perspectives, Direction collaboration et partenariat patient du centre de pédagogie appliquée aux sciences de la santé, Université de Montréal, Direction Collaboration et Partenariat Patients, Centre de pédagogie appliquée aux sciences de la santé (CPASS), Faculté de médecine, Université de Montréal, Québec, Canada, (Dernière consultation le 25 mars 2016).

(3). Flora L. (2015), Un référentiel de compétences de patient : pourquoi faire ? Du savoir expérientiel des malades à un référentiel de compétences intégré : l’exemple du modèle de Montréal, Presses Académiques Francophones, Sarrebruck, Allemagne.

(4). Karazivan P., Dumez V., Flora L., Pomey M.-P., Del Grande C., Guadiri S., Fernandez N., Jouet E., Las Vergnas O., Lebel P. (2015), « The Patient as Partner in Care : Conceptual Grounds for a Necessary Transition », Academic Medicine, April 2015 – Volume 90 – N° 4 – pp.437–441

(5). Pomey M.-P., Flora L., Karazivan P., Dumez V., Lebel P., Vanier M.-C., Débarge B., Clavel N., Jouet E. (2015), « Le « Montreal model » : enjeux du partenariat relationnel entre patients et professionnels de santé », Santé publique, HS, 2015/S1, pp.41-50. (Accessible en ligne sur Cairn), (Dernière consultation, le 25 mars 2016).

(6). Flora L. (2012),  Le patient formateur : élaboration théorique et pratique d’un nouveau métier de la santé, Thèse de doctorat de sciences sociales, spécialité « Sciences de l’éducation », Université Vincennes Saint Denis – Paris 8, campus Condorcet. (Publié en 2015 sous la référence : Le patient formateur : nouveau métier de la santé ? Comment les savoirs expérientiels de l’ensemble des acteurs de santé peuvent relever les défis de nos systèmes de santé, Presses Académiques Francophones, Sarrebruck, Allemagne.).

Point d’étape sur les processus de reconnaissance et de formation des médiateurs de santé pairs

Cet article prolonge divers échanges faisant suite à des réactions ce mois-ci d’un article de ce blog écrit l’automne dernier sur ce sujet.

Il est premièrement une mise au clair de propos qui ont été interprétés comme orientés, ce qu’il est en ce sens qu’il évoque la piste de formation qui donne lieu, selon moi, à une avancée en ce qu’il permet, je le réaffirme une seconde fois à un diplôme national qui apporte, d’une part une forme de reconnaissance supplémentaire des acteurs que sont les médiateurs de santé pairs dans le domaine de la santé mentale et qui d’autre part permettra une extension géographique de ce type de formation dans les universités.

Deuxièmement il a été émis l’idée que cet article était orienté car il ne parlait que d’une formation au détriment d’autres formations initiées sur le territoire, comme par exemple le DESIU « Pratiques orientées autour du rétablissement« organisée à l’université d’Aix-Marseille. L’objectif de l’article de l’automne dernier n’était pas de lister l’ensemble des formations sur le territoire mais de signifier l’avancée, encore une fois que permettait l’offre en cours d’élaboration.

À ce titre, il est notable de constater la créativité et la vivacité des groupes militants pour favoriser cette dynamique autour du mouvement du rétablissement, si elle est formidable à bien des égards, souffre par ailleurs d’un mal Français. En effet comme dans bien des domaines auxquels le celui de la santé ne fait pas exception, dès qu’un courant commence à prendre, les volontés et dispositifs s’élaborent, le plus souvent sans trop de liens ensemble. Bien des fois en plus, nombre de projet étant personnes dépendantes, les projets et les personnes se mettent en concurrence plutôt que de tenter de mutualiser l’expérience. C’est selon ma perception, au vu de ce que j’ai pu voir ailleurs, dans d’autres contrées, d’autres contextes, une spécificité française dans l’ampleur de ce type e phénomène. Par exemple après la création d’un collectif sur la médiation qui s’est historiquement organisé comme une communauté de pratique après la première formation du genre initiée à la fin des années 90 sous  l’impulsion de l’Institut médical d’épidémiologie appliquée (IMEA), a émergé un site Internet de ce collectif grâce à certains de ces membres et le soutien de médecins du monde, puis peut-être, après des années, un courant commençant à prendre, de nombreux autre groupes de médiateurs ont commencé à émerger comme par exemple Remedie, puis l’association des médiateurs de santé pairs (AFMSP), sans qu’aucun de communiquent de manière constructive et c’est bien dommage, de mon point de vue. Surtout que tous et chacun évoluent dans un environnement contraint.

Je ne jette pas la pierre sur les instigateurs de ces différentes expériences car comme expliqué, je constate que c’est un des maux Français qui s’organise à tous les niveaux de la société. Un changement de représentations et comportement seraient toutefois les bienvenus à mon sens. Par exemple puisque je m’exprime de l’univers digital, il serait peut-être possible de réunir ces différentes expériences dans un portail, ce serait sans doute un début? Cela devrait amener ces acteurs courageux à se parler et qui sait, de passer de la parole au partage d’expérience, à la communauté de pratique, ce qui n’empêcherait aucunement à chaque spécificité d’exister, mais un commun pourrait être mobiliser pour donner plus de lisibilité et de consistance opératoire à l’ensemble de ceux qui se réunissent?

Évidemment, dans cet article, pour le coup, il y à une réelle orientation créatrice car celui-ci a vu  le jour en partie en  réponse aux commentaires de l’article de l’automne dernier sur une forme de médiation, les médiateurs de santé pairs.