De l’adéquation des innovations digitales avec les systèmes de santé…

Je souligne régulièrement l’importance de dégager une vision globale des systèmes de santé intégrant pleinement le digital dès l’origine d’une pensée autour de la santé. Il se trouve qu’une équipe d’anciens collègues de l’institut de recherche en santé publique de l’université de Montréal vient, fin 2015 de publier des résultats de recherche significatif sur ce qui inhibe pratiquement aujourd’hui de dégager une telle vision. C’est ce dont traite ce qui suit.

 

Introduction

 

La recherche dirigée par Pascale Lehoux et son équipe (1) s’est intéressée sur la manière dont sont conçues les innovations technologique dans le domaine de la santé, à partir de quelles valeurs et comment sont réalisés les choix technologiques (Voir les questions de recherche (2)).

Il en résulte une ignorance et donc une négligence des dynamiques macro-sociales dans le développement de ces innovations en santé.

 

Que nous révèlent ces dynamiques ?

 

Elle nous indique que l’organisation actuelle confronte des intérêt divergents et donc des injonctions contradictoires. En effet entre les enjeux de développement des sociétés dans ce domaines nommées start-up en France, les financeurs actuels, les décideurs politiques, les régulateurs clés, c’est à dire ceux qui élaborent ou compare les innovations aux normes de santé, et les professionnels de santé identifiés comme acteurs clés pour permettre le développement des innovations peu de motivations se rejoignent. Le résultat indique que les innovations de santé ne répondent pas aux enjeux des systèmes de santé, et lorsque exceptionnellement cela se produit, ce n’est pas le fait d’une vision mais  une coïncidence.

 

Les constats de la recherche

 

Les acteurs politiques du secteur de la santé sont absents du processus de développement des technologies de la santé (Daudelin G., Lehoux P., Vachon P., Bouchez J, 2015, p. 20). Les investisseurs et les marchés financiers ont une influence prééminente dans le processus; Les acteurs politiques du secteur de l’innovation s’appuient sur les investisseurs; La valeur des technologies du point de vue du système de soins, i.e. leur pertinence, leur capacité à répondre aux défis des systèmes, n’est jamais prééminente; Les petites entreprises (start-up) innovantes, si elles souhaitent réussir à commercialiser leur technologie, sont entraînées vers un modèle d’affaire spécifique qui permet de créer de la valeur pour les cliniciens et les investisseurs/actionnaires (Daudelin G., Lehoux P., Vachon P., Bouchez J, 2015, p. 21).

Mise en perspective par un constat personnel

De mon expérience dans ces deux contextes, plusieurs points me semblent eux concordants, dont un point au moins est à ajouter à la conclusion de cette recherche. Il tient dans le fait qu’ayant tenté de faire émerger des innovations dans ces deux pays au sein des systèmes académiques, parce qu’universitaires, ces institutions ne sont plus du tout adaptées à accueillir et favoriser l’innovation. C’est pourtant, même si l’histoire se redessine sous l’emprise d’une idéologie, bien dans les universités que sont nés les innovations qui ont permis à cette révolution que constitue Internet, dont les innovations technologiques actuelles sont issues. Le fait que se pose la question de permettre aux autres étages de cette fusée, dont nous n’avons pas encore pris la mesure des transformations qu’elles vont portées, d’éclore en son sein apparait comme une difficulté à dégager une vision claire.

Conclusion

Nous pouvons toujours nous extraire en France des résultats de recherche de cette étude menée au Québec sur ce qui se joue au Canada. Un pas que je ne ferais personnellement pas car mon propre constat suivant une nouvelle analyse empirique entreprise depuis l’automne 2015  laisse apparaitre plus de points communs dans les politiques mises en œuvre que de divergences. Or, ce ne sont pas les espaces de créations et de stimulations à la création, aussi intéressantes soient-ils (3), qui pourront infléchir ces injonctions paradoxales nées du système organisationnel actuel.

Je conclurais sur le dernier point exprimé dans la conclusion de cette recherche auquel je m’associé, à mettre en perspective de l’autre constat que je viens d’émettre, les choix entrepris des deux côtés de l’Atlantique qui consiste à accompagner financièrement ces innovations par les fonds publics (Lawrence, 2015 (4)) au Canada; les objectifs en France des challenges de l’innovation et autres initiatives reliés aux fonds dit « Macron »), si ces innovations ne prennent pas en compte les résultats de cette étude, comme le souligne dernière phrase du rapport qui le résume, le risque est que rien ne change.

Je reprendrais la même conclusion, sans doute serait-il nécessaire de trouver un nouveau paradigme pour favoriser la commercialisation de technologies différentes.

Une prise en compte des enjeux des dynamiques macro-sociales et donc une réorganisation du continuum économico politique entrepreunarial, voire intraprenarials des processus d »émergence devrait être ainsi repensé. La nécessité de dégager une vision globale dans laquelle ces nouvelles technologies seront intégrées dès les départs et non, comme trop souvent et majoritairement aujourd’hui, comme des pièces de puzzle conçues les indépendamment les unes des autres. Le tout bien évidemment en tentant de mettre le plus d’acteurs de la santé ensemble pour élaborer les solutions avec les designer et informaticiens innovant au travers des technologies 3.0, dans le prolongement du partenariat de soin mis en œuvre à partir de l’université de Montréal et dans l’esprit e ce qu’à entrepris récemment New-Health avec une lisibilité proposée sur son site par l’accès patient qu’elle y a ouvert très récemment.

 

Notes et Références

 

(1) Daudelin G., Lehoux P., Vachon P., Bouchez J. (2015), Valeurs et expertise dans le développement des technologies de la santé, Institut de recherche en santé publique de l’Université de Montréal (IRSPUM), École de santé publique de l’Université de Montréal (ESPUM).

(2) Comment sont conçues les technologies de la santé au sein des spin-offs universitaires? Qui est impliqué et exclu ? Comment les défis des systèmes de santé y sont-ils abordés ? Quelles connaissances sont recherchées, valorisées, utilisées et ignorées dans la conception des technologies ?  Quels jugements sont posés sur les innovations en santé par les designers et les divers détenteurs d’enjeux ?  Pourquoi ces technologies, plutôt que d’autres, sont-elles sur le marché?

(3) Je fais ici référence aux Hacking health au Canada et plus largement en Amérique du nord ou autres mouvements associatifs en France tel new-Health inspiré de ces espaces d’innovation par exemple

(4) Lawrence S. (2015). Q&A with Quebec’s Minister of Economy, Innovation and Exports Jacques Daoust. Biotechnology Focus, 1er septembre 2015.